Un sénateur philippin a fait part mardi à la Cour pénale internationale (CPI) de l'urgence face aux milliers de morts engendrés par la guerre antidrogue du président Duterte, craignant que la loi martiale imposée au sud ne s'étende à l'ensemble de l'archipel.
"Il y a urgence à mener un examen préliminaire", étape préalable à l'ouverture d'une enquête, a déclaré le sénateur Antonio Trillanes, souhaitant agir "avant que la situation ne s'aggrave encore".
L'un des plus virulents opposants du président a dénoncé le "massacre systématique et étendu" mené par Rodrigo Duterte dans sa guerre antidrogue ainsi que l'impunité du président dans un dossier de 45 pages remis au bureau de la procureure de la CPI.
Accompagné du parlementaire d'opposition Gary Alejano, le sénateur a ainsi fait part de communications supplémentaires après un premier dossier déposé fin avril par l'avocat Jude Sabio.
L'avocat y accusait Rodrigo Duterte d'avoir commis "des massacres ou exécutions extrajudiciaires constituant un crime contre l'humanité durant son mandat en tant que maire de la ville de Davao (au sud) (...) et maintenant en tant que président des Philippines".
Depuis lors, "les meurtres continuent", a affirmé à l'AFP M. Trillanes à la sortie de la CPI à La Haye, faisant état de dizaines de nouvelles victimes venues s'ajouter aux 8.000 évoquées par M. Sabio.
Rodrigo Duterte a été élu président en mai 2016 sur un programme ultrasécuritaire, s'engageant à éradiquer en six mois le trafic de drogue en faisant abattre des milliers de trafiquants de drogue présumés.
Il a décrété le 23 mai la loi martiale dans la région de Mindanao, où vivent environ 20 millions d'habitants, en faisant valoir qu'elle était nécessaire pour venir à bout de la menace croissante représentée par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) dans cette région.
"La menace de l'expansion de la loi martiale est très réelle", a affirmé le sénateur Trillanes. "Duterte utilise toutes sortes de prétextes pour mettre en oeuvre des mesures draconiennes dans le pays et contrôler la société philippine. Et nous n'allons pas autoriser cela".
L'opposant craint de voir son pays sombrer dans la dictature. "C'est la seule forme de gouvernance qu'il (M. Duterte, NDLR) connaît", a-t-il affirmé, "comme Kim Jong-Un en Corée du Nord. Une fois qu'il contrôlera la société philippine toute entière, il injectera de la propagande pour faire de lui un Dieu".
En octobre 2016, la procureure Fatou Bensouda s'était dite "très préoccupée par ces allégations" et avait averti que les responsables pourraient être poursuivis. Elle peut maintenant déterminer s'il convient d'entamer un examen préliminaire.
