Une société tchèque exploitant une porcherie à Lety (sud-ouest), située sur le site d'un ancien camp de concentration nazi pour Roms, a annoncé lundi avoir accepté une offre d'achat faite par le gouvernement, ouvrant la voie au démantèlement de la ferme.
L'existence d'une exploitation porcine géante bâtie à l'époque communiste sur un lieu de l'holocauste rom, où des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants avaient péri en 1942-43, a été dénoncée depuis des dizaines d'années par les défenseurs des droits de l'Homme, tchèques et étrangers.
"Si tout va bien, le contrat de rachat pourra être conclu avant la fin du mandat de l'actuel gouvernement", a déclaré le vice-président du directoire de la firme privée Agpi, Jan Cech. Les prochaines législatives sont prévues fin octobre.
"Je suppose que le contrat sera conclu début septembre", a de son côté indiqué lundi la porte-parole du ministère de la Culture, Simona Cigankova.
La semaine dernière, les actionnaires d'Agpi ont donné leur feu vert à la future transaction. Ni le gouvernement de centre-gauche du Premier ministre Bohuslav Sobotka, ni Agpi, n'ont cependant révélé le montant sur lequel les deux parties se sont mises d'accord.
"C'est une journée historique pour la dignité du peuple rom et une victoire historique pour la société civile européenne", a réagi Benjamin Abtan, le président du mouvement EGAM (Europeen Grassroots Antiracist Movement), interrogé par l'AFP.
Ce mouvement mène depuis des années une campagne internationale "Dignité pour Lety", en vue d'obtenir la liquidation de l'usine porcine et son remplacement par un mémorial, et pour soutenir les recherches historiques sur l'holocauste rom.
"Militants et dirigeants politiques, Roms et non-Roms, Tchèques et autres Européens, nous avons tous ensemble transformé Lety d'un symbole de la honte en symbole de la victoire et de la dignité", s'est félicité M. Abtan.
Environ 1.300 hommes, femmes et enfants rom sont passés entre août 1942 et mai 1943 par le camp de Lety, la dernière étape pour la plupart d'entre eux avant les chambres à gaz d'Auschwitz-Birkenau.
Près de 330 Roms, dont au moins 241 enfants, sont morts à Lety, notamment du typhus. Les nazis ont exterminé environ 90% des Roms tchèques.
