L'Arménie a annoncé jeudi désavouer les accords de normalisation avec la Turquie, accusant Ankara de ne pas pouvoir "se débarrasser de ses stéréotypes", alors que leurs relations restent hantées par le souvenir des massacres d'Arméniens pendant la Première guerre mondiale.
Le président arménien Serge Sarkissian a fait publier jeudi un décret ordonnant d'"annuler la procédure de signature des accords", qui a eu lieu le 10 octobre 2009 à Zurich, en Suisse.
Ces accords historiques visaient à établir des relations diplomatiques entre l'Arménie et la Turquie et rouvrir leurs frontières, mais devaient être ratifiés par les parlements des deux pays pour entrer en vigueur. Cette ratification n'a jamais eu lieu ni en Arménie, ni en Turquie.
Peu avant la publication du décret sur le site de la présidence arménienne, le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian, a accusé la Turquie de "ne pas être prête à ratifier ces accords ni à les mettre en oeuvre", dans son discours lors d'une réunion du Conseil de sécurité national.
"Les déclarations de la Turquie sur sa volonté d'une soi-disant réconciliation historique n'ont rien à voir avec la réalité", a affirmé M. Nalbandian, en déplorant qu'Ankara "n'ait pas trouvé la force de se débarrasser de ses stéréotypes".
Les deux pays s'opposent notamment sur la question des massacres d'Arméniens commis par les Turcs ottomans en 1915-1917. L'Arménie qualifie de "génocide" ces massacres, qui ont fait selon Erevan quelque 1,5 million de morts, alors que la Turquie rejette ce terme avec véhémence.
La Turquie a fermé en 1993 sa frontière avec l'Arménie par solidarité avec l'Azerbaïdjan et par mesure de rétorsion envers le soutien apporté par Erevan aux séparatistes arméniens du Nagorny Karabakh, enclave en territoire azerbaïdjanais contrôlée par les Arméniens depuis une guerre dans les années 1990.
L'Arménie, pour sa part, refusait jusqu'ici tout lien entre la question du Nagorny Karabakh et le processus de réconciliation turco-arménien.
