RDC: Kabila maintient le suspense après une semaine intense

Le président Joseph Kabila maintient le suspense en République démocratique du Congo, à quatre jours de la date-butoir du dépôt des candidatures à la présidentielle et après une semaine intense marquée par le retour de l'opposant Jean-Pierre Bemba et le refoulement à la frontière d'un autre adversaire du pouvoir, Moïse Katumbi.

M. Kabila, 47 ans, qui ne peut pas se représenter selon la Constitution, a jusqu'au 8 août pour désigner un candidat de sa majorité, selon le calendrier électoral.

S'il décidait de présenter sa candidature, le calendrier électoral vers le scrutin du 23 décembre, irait au-devant de franches turbulences. Les catholiques ont prévu trois jours de mobilisation dès le 12 août si le président se représente.

Kabila n'a rien dit sur son avenir lors d'une visite de deux jours en Angola, pays voisin en première ligne dans les efforts diplomatiques de l'Afrique et de la communauté internationale dans le dossier congolais.

Le président angolais Joao Lourenço a dit avoir "reçu les garanties que le processus électoral se déroulera dans la normalité". Son ministre des Affaires étrangères Manuel Augusto affirme avoir recommandé au président Kabila "le respect de la Constitution".

De retour à Kinshasa, Joseph Kabila prépare avec sa majorité les "derniers réglages" pour désigner un candidat qui sera connu d'ici le 8 août, affirme le porte-parole du gouvernement Lambert Mende.

Le président a demandé aux composantes de sa plate-forme du Front commun pour le Congo (FCC) de lui suggérer quatre noms pour faire son choix.

- "Dauphin" -

"La réponse c'est: ne nous quittez pas, mais si vous voulez l'alternance voici des noms", ironise un fin connaisseur de la vie politique congolaise.

D'après lui les interlocuteurs du président tiennent en majorité ce langage: "Notre premier choix c'est vous, le deuxième choix c'est moi, le troisième c'est Aubin Minaku (le président de l'Assemblée nationale) parce qu'il est secrétaire général de la Majorité présidentielle".

"Plusieurs ministres nous disent que Kabila va désigner un dauphin. On attend toujours. Tout est possible", selon cet autre observateur informé.

Si Kabila fait mystère de ses intentions, ses deux principaux opposants sont clairement candidats à sa succession à la tête du géant d'Afrique centrale qui regorge de ressources à commencer par le cobalt, mais où une majorité d'habitants vit dans la pauvreté.

Menacé d'arrestation s'il rentre, l'opposant en exil Moïse Katumbi affirme avoir été de nouveau bloqué samedi à la frontière zambienne alors qu'il voulait rentrer pour déposer sa candidature.

Le gouvernement zambien lui a officiellement dit que Kinshasa refusait son retour, a déclaré son porte-parole Olivier Kamitatu, qui ironise: "A-t-on jamais vu un gouvernement interdire à un soi-disant fugitif de se rendre?". "Mensonge et manipulation", a répondu le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende.

"Katumbi est perçu comme le principal challengeur parce qu'il est de l'est du pays, comme Kabila, et qu'il peut galvaniser ces soutiens dans cette partie du pays", avance l'avocat Georges Kapiamba, président de l'Association congolaise pour l'accès à la justice (Acaj).

La probable mise à l'écart de Katumbi inquiète les chancelleries, qui misent toujours sur l'accord de la Saint-Sylvestre 2016 cautionnant le maintien de Kabila au-delà de son dernier mandat constitutionnel, moyennant des élections devant mener à la première transition pacifique dans l'histoire du pays.

- "Décrispation" -

"Si Katumbi n'est pas sur la liste des candidats, on ne sera pas très content. Quand on parle de +décrispation politique+ depuis deux ans, c'est à lui que l'on pense", selon l'observateur précédemment cité.

Dans les faits, la volonté diplomatique pour faire pression sur Kinshasa apparait assez faible.

A l'unanimité en mars, le Conseil de sécurité de l'ONU a placé au coeur de son nouveau mandat la préparation d'élections dans "des conditions requises de transparence, de crédibilité, d'ouverture et de sécurité".

Sur le terrain, la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) s'est gardée de toute intervention et de toute déclaration sur le retour empêché de Moïse Katumbi, "une affaire interne à la RDC", selon une porte-parole onusienne.

La Monusco en est réduite à proposer un soutien logistique aux élections, que le gouvernement congolais s'est engagé à financer intégralement malgré ses faibles ressources.

L'incertitude pèse aussi sur l'avenir de Jean-Pierre Bemba, même s'il a bel et bien déposé sa candidature après son retour triomphal mercredi à Kinshasa.

L'ex-chef rebelle est arrivé samedi dans son fief de Gemena (Nord-ouest) dans la province de l'Équateur pour savourer de nouveau sa popularité dans l'ouest du pays, après onze ans d'absence, dont dix en détention à la Cour pénale internationale (CPI).

M. Bemba doit cependant repartir dans les prochains jours à Bruxelles. La CPI le poursuit toujours dans une affaire annexe après l'avoir acquitté en appel d'une peine de 18 ans de prison pour crimes de guerre et contre l'humanité prononcée en première instance.

Pourrait-il rentrer? Sa candidature sera-t-elle validée à Kinshasa? Réponse le 19 août avec une liste provisoire des candidats, puis le 19 septembre avec la liste définitive.

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