Il y a 26 ans, le leader du Sentier lumineux Abimael Guzman et ses lieutenants étaient capturés au Pérou, après avoir semé la terreur durant des années dans ce pays andin.
Voici cinq questions pour comprendre ce qui reste de cette guérilla, remise en lumière par la récente condamnation à la prison à perpétuité de son chef et dix autres dirigeants, dont l'un d'eux, Moises Limaco, a fui en France.
- Qu'est-ce que le Sentier lumineux? -
La commission Vérité et Réconciliation (CVR), mise en place à l'issue du conflit qui a ensanglanté le Pérou, la définit comme une "organisation subversive et terroriste", qui a cherché à obtenir le pouvoir de façon violente.
En mai 1980, elle entre en conflit avec l'Etat péruvien, en commettant "des crimes d'une extrême gravité qui constituent des crimes contre l'humanité". Le Sentier lumineux est responsable de 54% des victimes de la guerre interne.
Abimael Guzman, aujourd'hui âgé de 83 ans et surnommé le "Pol Pot des Andes" en raison de la cruauté de son organisation maoïste, purgeait déjà une peine de prison à vie avant cette nouvelle condamnation.
Cet ex-professeur de philosophie de l'université d'Ayacucho (sud), se faisait appeler "Puka Inti" ("soleil rouge" en langue Quechua). Il lance une "guerre populaire" et exporte le conflit des campagnes vers les villes en s'inspirant de la révolution chinoise de Mao Tsé-toung.
- Quel était son mode opératoire? -
Abimael Guzman revisite le maoïsme et le rend "plus violent", selon la CVR. Il proclame la "militarisation du Parti communiste et de la société qui résulterait du triomphe de sa révolution".
Le général Marco Miyashiro, membre du commando qui a capturé Guzman et ses lieutenants, explique à l'AFP: "Ils promeuvent ce qu'ils appellent la cinquième forme de lutte, qui est la grève armée. C'est la combinaison de la propagande, le combat de guérilla, les assassinats collectifs et le sabotage".
Parmi ses actions les plus sanglantes: l'assassinat en 1984 de 117 paysans de Soras, dans la région d'Ayacucho, pour avoir refusé de soutenir le mouvement.
La commission Vérité et Réconciliation a chiffré en 2003 à quelque 70.000 les morts ou disparus durant les 20 ans de conflit (1980-2000) entre l'armée et les guérillas du Sentier lumineux (maoïste) et du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA, guévariste).
- A-t-il été neutralisé? -
Presque tous ses dirigeants sont en prison, mais des fidèles de cette guérilla, dirigés par Victor Quispe Palomino (camarade José), opèrent toujours dans la vallée des rios Apurimac, Ene et Antaro - connue sous son acronyme VRAEM -, le principal secteur de production de la coca au Pérou, en lien avec des narcotrafiquants.
Les leaders historiques du Sentier lumineux assurent que cette faction n'est pas sous leur commandement. Mais le général Miyashiro estiment que ses sympathisants sont en train de se regrouper, profitant du mécontentement populaire.
- Que reste-t-il de son idéologie? -
Le gouvernement identifie au moins deux organisations qui sont des branches légales de la guérilla: le Movadef (Mouvement pour l'amnistie et les droits fondamentaux), qui réunit les proches et les sympathisants des condamnés pour terrorisme, et le Conare, un syndicat d'enseignants radicaux.
Selon le sociologue Carlos Tapia, les organisations liées au Sentier lumineux occupent un espace sur la scène politique péruvienne car personne ne les combat. Le Pérou est secoué depuis plus de deux décennies par une crise politique, alors que le désenchantement populaire vis-à-vis de la politique est alimenté par des scandales de corruption.
- Repentance et réconciliation? -
Bien que les dirigeants aient reconnu leur défaite et ne proclament plus la lutte armée, Osman Morote, un des leaders de la guérilla, a déclaré depuis la prison à la revue Caretas: "la prison, c'est difficile, mais elle ne nous soumettra jamais, et elle ne réussira encore moins à entamer notre profonde conviction qui est que l'avenir appartient au prolétariat et au peuple".
Pour la CVR, la réconciliation concerne l'Etat et les victimes de la terreur, et non pas le Sentier lumineux. Les experts estiment que cette organisation pourrait participer à la vie politique mais devrait avant donner des signes de repentance.
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