Gbagbo: d'opposant historique à président controversé

Ancien opposant populaire devenu président controversé, Laurent Gbagbo, 70 ans, acquitté mardi par la Cour pénale internationale des accusations de crimes contre l'humanité, reste un personnage central, et clivant, de la vie politique ivoirienne.

Pour de nombreux observateurs, l'ancien président a précipité son pays dans le chaos par sa volonté de se maintenir au pouvoir malgré sa défaite face à Alassane Ouattara à la présidentielle de 2010. Plus de 3.000 personnes sont mortes dans la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011.

"On ira jusqu'au bout", lançait pourtant crânement Laurent Gbagbo après sa première apparition en décembre 2011 devant la CPI, qui le jugeait pour son rôle dans ces violences.

A La Haye, l'ancien président entendait faire éclater sa "vérité". Pour lui, l'ex-puissance coloniale française a "fait le travail" et est derrière le "complot" qui a conduit à son arrestation le 11 avril 2011 par les forces de son rival, après deux semaines d'affrontements armés.

La CPI avait jusqu'à présent refusé chacune de ses demandes de mises en liberté provisoire en évoquant son réseau de partisans "important et bien organisé" ou une détention "nécessaire" pour garantir sa comparution et "veiller à ce qu'il ne fasse pas obstacle à l'enquête".

- Nationalisme et foi évangélique -

Avant d'être le premier ex-président détenu par la CPI, Laurent Koudou Gbagbo, né le 31 mai 1945, a eu une vie pleine de bruit et de fureur.

Tribun aimant à se poser en homme du peuple, historien de formation et d'abord activiste syndical, il a été l'opposant en chef au "père de la Nation" Félix Houphouët-Boigny, au pouvoir de 1960 à 1993 et longtemps premier relais de la France en Afrique.

Incorporé de force, emprisonné, il s'exile en France dans les années 1980, après avoir fondé clandestinement le Front populaire ivoirien (FPI), classé à gauche.

Membre de l'ethnie bété (ouest), exclue du partage traditionnel du pouvoir, il se lance ouvertement en politique en 1990, à l'avènement du multipartisme.

Son heure arrive le 26 octobre 2000 quand il accède à la présidence, dans des conditions de son propre aveu "calamiteuses", dans un pays en proie aux violences à l'issue d'un scrutin dont été exclus ses principaux rivaux, l'ex-chef de l'Etat Henri Konan Bédié, renversé fin 1999 par un coup d'Etat, et l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara.

Il verra la main de Ouattara - malgré les démentis de l'intéressé - derrière la rébellion qui échoue à le renverser en septembre 2002 mais prend le contrôle du nord du pays, qui vivra des années coupé en deux.

Nationaliste farouche sous ses airs bonhomme et son large sourire, chantre d'une "seconde indépendance" vis-à-vis de la France, M. Gbagbo sait s'appuyer sur ses jeunes partisans, les "patriotes", qui enflamment la rue à l'occasion et dont le chef, Charles Blé Goudé, a été acquitté en même temps que lui.

Signataire avec les rebelles nordistes d'un accord de paix en 2007, c'est finalement par ces combattants, alliés à Ouattara et aidés des bombardements français, qu'il sera capturé en avril 2011.

En quatre mois de crise, le pays vient alors de frôler la guerre civile, à force d'exactions attribuées aux troupes pro-Gbagbo mais aussi au camp adverse.

D'abord prisonnier à Korhogo, dans la savane du nord ivoirien, puis à La Haye, Laurent Gbagbo se soutient par sa foi chrétienne évangélique, comme son épouse Simone avec qui il a eu deux filles. L'ex-"dame de fer", réclamée par la CPI mais que la Côte d'Ivoire a voulu juger, a écopé de 20 ans de prison avant d'être amnistiée.

Laurent Gbagbo, lui, est expédié à La Haye en novembre 2011. Un peu plus de sept ans après, la CPI l'acquitte.

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.