Charles Blé Goudé, acquitté mardi par la CPI, est un des membres les plus controversés du clan Gbagbo: surnommé le "général des rues" pour sa capacité à mobiliser les partisans de l'ex-président ivoirien, il comparaissait avec son mentor pour crimes contre l'humanité.
Ses détracteurs et les ONG internationales le considèrent comme un de ceux qui ont le plus contribué aux violences qui ont fait plus de 3.000 morts pendant la crise postélectorale entre décembre 2010 et avril 2011.
Aujourd'hui âgé de 47 ans, l'ex-chef des "Jeunes patriotes", un mouvement pro-Gbagbo extrêmement violent, a gravité une décennie durant autour de son président, multipliant les coups d'éclat. Ses bêtes noires : l'actuel président ivoirien Alassane Ouattara, la France et l'ONU.
Cet ancien étudiant en anglais, d'ethnie bété comme Laurent Gbagbo, crève l'écran en 2002, à la faveur du coup d'Etat manqué contre son maître.
La Côte d'Ivoire se retrouve alors coupée en deux, entre un Nord tenu selon lui par "les traîtres" d'une rébellion favorable à M. Ouattara et un Sud contrôlé par le régime Gbagbo.
"Il a un tel charisme qu'il devient un porte-parole de la rue. Laurent Gbagbo le remarque" rapidement, se souvient un observateur.
En compagnie d'une bande d'amis, il crée "la galaxie patriotique", fer de lance de violentes manifestations antifrançaises, résolue à défendre le président contre les rebelles et le "néo-colonialisme" français. L'ambassadeur de France d'alors le traite ouvertement de "petit fasciste".
L'époque est au climat anti-français très virulent, le journaliste francais Jean Hélène est assassiné par un policier en octobre 2003, un autre journaliste Guy-André Kieffer est enlevé en avril 2004, son corps ne sera jamais retrouvé.
Blé Goudé réussit notamment à mobiliser en novembre 2004 des dizaines de milliers de personnes dans les rues d'Abidjan, après que l'armée française, victime d'un bombardement ayant tué neuf de ses hommes, détruit en représailles l'aviation ivoirienne. Beaucoup de Francais, traqués, fuient Abidjan.
"La Côte d'Ivoire n'est pas un département français", lance Blé Goudé. Les affrontements entre soldats français et manifestants ivoiriens feront une cinquantaine de morts ivoiriens.
Il est en quelque sorte le pendant pro-Gbagbo de Guillaume Soro, actuel président de l'Assemblée nationale, à l'époque le porte-parole de la rébellion qui contrôlait la moitié nord du pays.
En 2006, l'ONU, dont il qualifie les Casques bleus déployés dans la pays de "forces d'occupation", lui interdit de voyager à l'étranger et gèle ses avoirs.
- 'Donné des consignes' -
Quatre ans plus tard, Laurent Gbagbo, qui refuse de reconnaître la victoire d'Alassane Ouattara à la présidentielle de novembre 2010, le nomme ministre de la Jeunesse.
Ce tribun, connu pour ses éternelles casquettes, ses habits décontractés et le drapeau ivoirien qu'il porte toujours autour du cou, apparaît en costume aux cravates flamboyantes.
Il invoque Gandhi, Martin Luther King ou Nelson Mandela mais accuse le président français Nicolas Sarkozy et l'ONU de "préparer un génocide" dans son pays.
A la chute de son mentor en avril 2011, après cinq mois de violences qui ont fait plus de 3.000 morts, il s'enfuit au Ghana.
En novembre 2011, il qualifie Laurent Gbagbo de "victime que l'on tente de présenter comme le bourreau" quand celui-ci est livré à la Cour pénale internationale. Un an plus tard, il est arrêté au Ghana et transféré à son tour à la CPI, après avoir été détenu quelques mois à Abidjan.
"Je connais l'homme. Je sais qu'il n'a commis aucun crime contre l'humanité. Il n'a jamais pris d'armes. Il a juste donné un certain nombre de consignes en tant que communicateur", le défendait un responsable du FPI, le parti pro-Gbagbo.
"Il n'a fait que prôner la haine", rétorquait un porte-parole du RDR, le parti du président Ouattara, pour qui Charles Blé Goudé a "franchi le Rubicon" en "incitant à la révolte, à la haine, à l'assassinat".
