Un conseiller du Premier ministre Ramush Haradinaj, a été interrogé en qualité de "suspect" dans l'enquête sur les allégations de crimes de guerre durant la guerre du Kosovo, a indiqué jeudi son avocat à l'AFP.
Sylejman Selimi, 48 ans, a été interrogé mercredi à Pristina par des représentants du parquet du tribunal spécial installé à la Haye.
"Comme il est interrogé comme suspect, le procureur a deux options: la première de mettre un terme aux investigations" le visant, la deuxième "de l'inculper s'il pense avoir suffisamment de preuves", a déclaré Tomë Gashi.
Selimi est un ancien officier supérieur de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), la guérilla indépendantiste kosovare albanaise qui avait combattu les forces serbes en 1998-99 (plus de 13.000 morts en grande majorité kosovars albanais).
Un tribunal local l'a déjà condamné en 2016 à sept ans de prison pour des actes de torture commis dans un centre de détention de l'UCK.
Ecroué durant l'enquête, il a été libéré fin janvier, puis immédiatement nommé conseiller politique par Ramush Haradinaj, lui-même un ancien haut responsable de l'UCK.
Cette décision a été critiquée par l'ambassadeur des États-Unis, pays qui est le principal soutien diplomatique des autorités kosovares: "Les criminels de guerre condamnés n'ont pas leur place dans le gouvernement du Kosovo" et les soutenir "met en doute l'engagement du Kosovo pour l'État de droit", a twitté l'ambassadeur Philip S. Kosnett.
Selimi commandait l'UCK dans le secteur de la Drenica (ouest), l'un des fiefs de la guérilla où les combats avec les forces serbes ont été particulièrement durs. Il est l'une des principales figures de l'UCK.
Après la guerre, il a notamment dirigé la sécurité civile avant de devenir ambassadeur en Albanie.
Mi-janvier, le tribunal spécial a commencé ses interrogatoires à La Haye, où ont notamment été convoqués deux autres anciens hauts responsables de l'UCK, Rrustem Mustafa-Remi, 47 ans, et Sami Lushtaku, 57 ans.
Les médias kosovars estiment que de premières inculpations sont probables cette année.
Mis en place en 2015, ce tribunal enquête sur des crimes qui auraient été commis par l'UCK contre des Serbes, des Roms et des opposants politiques kosovars albanais.
Parmi les noms de potentiels inculpés régulièrement avancés dans les médias figurent ceux des principaux responsables du pays: Ramush Haradinaj, mais aussi le président Hashim Thaci et le président du parlement Kadri Veseli.
