L'opposition hongroise a demandé jeudi des explications au gouvernement de Viktor Orban après la révélation d'un discret programme d'accueil de réfugiés vénézuéliens, en contradiction avec la législation anti-immigration draconienne adoptée par la majorité nationale-conservatrice.
"Les Hongrois ont le droit de connaître la vérité sur la politique pro-immigration du gouvernement hongrois", a ironisé dans un communiqué le Parti socialiste, reprenant une phraséologie fréquemment employée par le pouvoir pour dénigrer la Commission européenne et le milliardaire américain George Soros.
Le site d'information Index.hu a jeté un pavé dans la mare jeudi en détaillant comment Budapest avait organisé la venue en Hongrie de quelque 300 réfugiés vénézuéliens d'origine hongroise via l'Ordre de Malte, leur offrant l'avion, un an d'hébergement, des cours de langue et un accès rapide au marché du travail.
Une prodigalité qui tranche avec la fermeté d'ordinaire manifestée par M. Orban, fer de lance de la lutte contre les migrants en Europe. La Hongrie a notamment instauré une taxe de 25% sur les organisations soupçonnées de favoriser l'immigration et rendu l'aide aux migrants passible de peines de prison.
"Nous appelons le gouvernement à se faire enregistrer comme organisation soutenant l'immigration, et à ce qu'il paie la taxe spécifique sur l'immigration", a raillé jeudi l'eurodéputé Casaba Molnar, vice-président du parti libéral DK.
"Nous n'avons rien contre les réfugiés et leur accueil, nous les soutenons. Nous avons un problème avec le gouvernement qui prend les Hongrois pour des imbéciles. Surtout ses propres militants", a-t-il ajouté.
Interpellé lors d'une conférence de presse, un porte-parole du gouvernement Gergely Gulyas a estimé que ces réfugiés vénézuéliens ne tombaient pas sous le coup de la législation anti-immigration.
"Nous parlons de Hongrois, et nous ne considérons pas les Hongrois comme des migrants", a-t-il souligné.
La grande majorité de ces Vénézuéliens ne parlent cependant par hongrois et leur rapport avec la Hongrie se résume généralement à un grand-parent, selon Index.hu. Quelques milliers de Hongrois avaient émigré au Venezuela après l'écrasement du Soulèvement de Budapest en 1956.
Comme des millions de leurs compatriotes, ces migrants ont souhaité fuir la misère, l'instabilité politique et l'insécurité, selon des témoignages recueillis par le site dans un hôtel à Gárdony, près de Budapest, où certains sont hébergés.
M. Orban accuse régulièrement Bruxelles et M. Soros de favoriser une "immigration de masse" vers l'Europe. Il a lancé cette semaine une nouvelle campagne nationale d'affichage sur ce thème.
L'opposition pointe cependant de nombreuses exemptions accordées par Budapest en fonction des moyens financiers des bénéficiaires ou de leurs origines religieuses ou ethniques.
Budapest a ainsi discrètement vendu jusqu'en 2017 des permis de résidence à de riches "investisseurs". Le pays a également accordé la nationalité hongroise aux minorités magyares des pays limitrophes.
A l'instar d'une cinquantaine de pays, la Hongrie a reconnu l'opposant Juan Guaido, qui s'est proclamé président du Venezuela.
