Ils sont, selon le mouvement de contestation, les auteurs de la répression sanglante au Soudan et du climat de peur qui s'est emparé de Khartoum. Qui sont les Forces de soutien rapide (RSF), considérées comme une "nouvelle version" des milices Janjawid accusées d'atrocités au Darfour ?
Depuis la dispersion brutale lundi du sit-in des manifestants devant le QG de l'armée à Khartoum, les membres de RSF, souvent jeunes, en uniformes beiges et lourdement armés, déambulent dans les rues de la capitale soudanaise ou circulent à bord de pick-up.
Leur chef est Mohamad Hamdan Daglo, le vice-président du Conseil militaire qui a succédé au président Omar el-Béchir destitué par l'armée le 11 avril. Surnommé "Hemeidti", Daglo est un ancien chef de guerre des milices Janjawid au plus fort du conflit du Darfour qui avait éclaté en 2003.
Les miliciens Janjawid avaient été recrutés au sein des tribus arabes par le gouvernement pour l'aider à mater les rebelles issus des tribus non arabes dans cette région de l'ouest du Soudan. Les Janjawid avaient été accusés d'atrocités.
Selon Jérôme Tubiana, chercheur spécialiste du Soudan, en 2013 des affrontements avaient éclaté au Darfour entre Janjawid et membres du puissant Service national de renseignements et de sécurité (NISS).
"+Hemeidti+ est l'un des rares chefs Janjawid à être resté loyal au régime, ce qui lui a valu d'être choisi pour diriger les RSF, une force paramilitaire visant à contrôler les Janjawid", explique-t-il à l'AFP.
Rattachées au NISS puis à la présidence, les RSF ont combattu au côté de l'armée les rébellions dans les Etats du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil bleu.
Mais comme les Janjawid, elles ont été accusées par des ONG d'exactions: viols collectifs, tueries, pillages, torture et incendies de village.
En 2014, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a qualifié les RSF de "nouvelle version des Janjawid".
La même année, Abbas Abdelaziz, qui dirigeait alors les RSF, avait néanmoins affirmé que comparer les RSF aux Janjawid était une insulte, assurant que ses hommes avaient une "expérience dans le combat" et étaient "devenus des professionnels".
A l'époque, il avait indiqué que les RSF comptaient plus de 6.000 éléments dont 1.500 membres des forces armées.
Entre 2017 et 2018, "plusieurs milliers de RSF auraient été réarmés et entraînés par les Russes dans le but de protéger Omar el-Béchir", a indiqué M. Tubiana.
Mais avec la contestation inédite au Soudan déclenchée en décembre 2018, "Hemeidti" a refusé de réprimer le sit-in à Khartoum, à la demande du général Béchir destitué ensuite après trois décennies au pouvoir, a-t-il ajouté.
Il semble néanmoins que les choses ont par la suite changé. Car le mouvement de contestation et plusieurs ONG internationales ont accusé les RSF d'avoir réprimé dans le sang le sit-in.
Chefs de la contestation et habitants de Khartoum utilisent même le terme "Janjawid" pour désigner les membres des RSF, en allusion aux exactions.
Les hommes des RSF combattent aussi au Yémen au côté des soldats soudanais au sein de la coalition menée par l'Arabie saoudite contre les rebelles Houthis.
