RDC: avis de gros temps 6 mois après l'euphorie des élections

Opposition interdite de manifestation, gouvernement toujours en gestation, regain de tensions dans l'Est: six mois après l'euphorie des élection du 30 décembre, la République démocratique du Congo traverse des semaines de stagnation qui bloquent l'exploitation de ses potentiels économiques.

La RDC n'était plus habituée à ce genre d'annonce depuis l'investiture le 24 janvier du nouveau président Félix Tshisekedi, lui-même issu de l'opposition: une "marche pacifique", organisée dimanche à l'appel du gotha des opposants (Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi et Martin Fayulu) a été interdite vendredi par les autorités locales dans la capitale, Kinshasa.

Le nouveau gouverneur, Gentiny Ngobila, a indiqué qu'il "était au regret de ne pouvoir prendre acte" d'une demande de manifester à "la date sacrée et commémorative du 30 juin", jour du 59e anniversaire de l'indépendance du Congo.

"Organiser des marches à cette date friserait le sabotage contre la mémoire de la République", insiste-t-il dans un courrier en date du 27 juin.

L'opposition maintient sa marche "jusqu'à preuve du contraire", a affirmé à la presse l'un de ses représentants, Fidèle Babala, en soirée à l'issue d'une réunion avec le gouverneur et "tous les membres du conseil de sécurité de la ville".

"Il n'a pas le droit de nous interdire la marche. Nous allons indiquer l'itinéraire demain (samedi)", a ajouté M. Babala, un très proche de Jean-Pierre Bemba, confirmant l'intention des organisateurs de faire partir la marche des 24 communes de Kinshasa.

La manifestation avait été annoncée par Martin Fayulu le 12 juin après l'annonce de l'invalidation de 23 députés de la coalition par la Cour constitutionnelle.

M. Fayulu avait aussi annoncé "la suspension des activités de tous les parlementaires de Lamuka jusqu'à nouvel ordre".

Il avait accusé MM. Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila d'avoir "assassiné l'État de droit" par la corruption des magistrats.

Candidat de l'opposition à la présidentielle du 30 décembre, M. Fayulu revendique la victoire et dénonce des résultats "fabriqués" par la commission électorale au bénéfice de M. Tshisekedi avec l'accord de son prédécesseur Joseph Kabila, qui a gardé la majorité au Parlement.

Il a accueilli dimanche dernier à Kinshasa l'ex-chef de guerre et ex-vice-président Jean-Pierre Bemba, pour son deuxième retour en RDC en moins d'un an depuis son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI) en juin 2018.

Des tensions avec la police avaient accompagné le cortège de M. Bemba jusqu'au lieu de sa réunion publique.

L'ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, est, lui, rentré de trois ans d'exil le 20 mai. L'ancien Premier ministre Adolphe Muzito et l'ancien ministre Freddy Matungulu sont les deux autres leaders de Lamuka ("Réveille-toi en lingala).

Lamuka est le principal front d'opposition aux coalitions de MM. Kabila et Tshisekedi, qui négocient depuis des mois les contours de leur futur gouvernement.

M. Tshisekedi aurait refusé un gouvernement pléthorique de 65 membres où le Front commun pour le Congo (FCC) - et plus particulièrement sa composante PPRD, le parti de M. Kabila - se taillerait la part du lion, a rapporté le quotidien Le Potentiel.

Après la Zambie vendredi, M. Tshisekedi est attendu samedi et dimanche à Bunia en Ituri (nord-est) où l'armée a annoncé une offensive avec le soutien des Nations unies contre un groupe armé tenu responsable du massacre de dizaines de civils depuis le 10 juin.

Dans le Nord-Kivu, le chef de l'Etat a bénéficie du ralliement d'un opposant rentré d'exil, Antipas Mbusa Nyamwisi, qui a quitté Lamuka. L'homme fort de Beni-Butembo a promis vendredi de s'impliquer dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola qui a fait 1.540 morts.

Des tensions sont enregistrées en plusieurs points de la province du Sud-Kivu.

Les ONG ont recommencé à publier des communiqués désespérés. "Dans la province de l'Ituri (...) des centaines de milliers de personnes (ont un) besoin urgent d'assistance", s'est alarmé Médecins sans frontière (MSF).

Le nouveau président Tshisekedi peut compter sur l'appui sans faille de l'ambassadeur des Etats-Unis à Kinshasa.

"Depuis qu'il est entré en fonction en janvier, le président Félix Tshisekedi a ouvert l'espace politique et amélioré le respect des droits de l'homme", a salué Mike Hammer lors d'une réception jeudi soir avant la fête de l'Indépendance du 4 juillet.

L'ambassadeur a souhaité pour la RDC "une vie sans tyrannie, libre de tout abus et de toute corruption".

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