Yémen: un drame humanitaire

Le Yémen, où un premier cas de nouveau coronavirus a été annoncé vendredi, est meurtri par six ans d'une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué, selon l'ONU, la pire crise humanitaire en cours dans le monde.

Le conflit oppose le gouvernement, appuyé depuis 2015 par une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite, aux rebelles Houthis, soutenus par l'Iran, qui contrôlent de vastes régions du Nord et de l'Ouest ainsi que la capitale Sanaa après une offensive en 2014.

- Civils en première ligne -

Depuis six ans, le conflit a tué des dizaines de milliers de personnes, essentiellement des civils, selon des organisations humanitaires.

Plus de trois millions de Yéménites vivent entassés dans des camps de déplacés.

Selon Amnesty International, quelque 4,5 millions de personnes handicapées subissent "négligence et abandon" face à des difficultés accrues (décembre 2019).

Amnesty évoque notamment des "déplacements difficiles", voire même des "abandons et des séparations" de leurs familles "dans le chaos qui accompagne la fuite".

- "Effondrement" du système de santé -

Les organisations humanitaires ont à plusieurs reprises alerté ces derniers mois sur le système de santé en déliquescence.

"C'est le moment que nous craignions tous, car le Yémen est sous-équipé face au virus, avec seulement la moitié des établissements de santé encore opérationnels", a réagi vendredi le directeur de l'ONG Save the Children au Yémen à l'annonce du premier cas de contamination au nouveau coronavirus.

Pour Médecins sans frontières (MSF), qui déplorait dès janvier l'"effondrement" du système de santé, les Yéménites "n'ont pas accès à l'eau potable, certains n'ont pas accès au savon".

Le pays a aussi été gravement affecté par le choléra qui a tué plus de 2.500 personnes depuis avril 2017. Environ 1,2 million de cas suspects ont été rapportés, selon l'OMS.

- Génération perdue -

Le conflit a dévasté le système éducatif déjà fragile au Yémen, selon l'agence de l'ONU pour l'enfance (Unicef). Deux millions d'enfants ne sont pas scolarisés, dont près d'un demi-million ayant abandonné l'école depuis l'escalade du conflit en 2015.

"Les enfants non scolarisés sont exposés à des risques de toutes sortes, notamment ceux d'être contraints de participer aux combats, d'être forcés de travailler ou obligés de contracter des mariages précoces", déplore l'Unicef.

Dans l'ensemble du pays, quelque 10,3 millions d'enfants sont en situation d'insécurité alimentaire, dont 2,1 millions souffrent de malnutrition aiguë, selon l'ONU.

Selon Cluster Santé, qui regroupe des ONG internationales et des agences de l'ONU, près de 1,2 million d'enfants sont tombés malades du choléra, de la diphtérie ou de la dengue au cours des trois dernières années.

- Pire crise humanitaire -

Le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, est confronté selon les Nations unies à la "pire crise humanitaire au monde". 24 millions de personnes, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d'une assistance humanitaire.

"C'est un contexte de désastre pour l'ensemble du pays", une "paupérisation massive", constatait en janvier Médecins sans frontières.

- "Crimes de guerre" -

En septembre 2019, un groupe d'experts sur le Yémen, créé par le Conseil des droits de l'Homme en 2017, a fait état de la "multitude de crimes de guerre" qui auraient été commis par les diverses parties.

"Personne n'a les mains propres dans ce conflit", assénait l'un des experts de l'ONU.

Un bon nombre des violations "peut entraîner la condamnation de personnes pour crimes de guerre si un tribunal indépendant et compétent en est saisi", selon les experts.

Attaques et tirs aériens visant de manière aveugle les populations civiles, utilisation de la famine comme arme de guerre, torture, viols, détentions arbitraires, disparitions forcées, recrutement d'enfants de moins de 15 ans... le rapport détaillait les crimes de guerre qui auraient été commis pendant le conflit.

En février, la coalition a annoncé le début de poursuites judiciaires contre ses militaires soupçonnés de bavures lors d'attaques au Yémen.

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