"Tirer les conséquences de Lubrizol": La commission d'enquête du Sénat présentera jeudi ses conclusions sur le gigantesque incendie survenu le 26 septembre à l'usine de lubrifiants automobiles Lubrizol à Rouen dont les conséquences sanitaires à long terme restent incertaines.
"Bien souvent, malheureusement, une catastrophe chasse l'autre. Ce n'est pas parce qu'il y a le Covid qu'il faut oublier Lubrizol, ne pas [en] tirer les conséquences et c'est le but de la commission. On formule des propositions pour éviter que cela se reproduise", a résumé le sénateur Hervé Maurey, président de la commission d'enquête, interrogé par l'AFP.
Créée le 10 octobre à l'unanimité du Sénat, la commission a évalué "l'intervention des services de l'Etat dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l'incendie".
La catastrophe avait provoqué un immense nuage de fumée noire de 22 km de long avec des retombées de suie jusque dans les Hauts-de-France. Les produits frais (lait, légumes) avaient par précaution cessé d'être commercialisés dans plus de deux cents communes durant trois semaines.
Le 26 septembre, près de 9.505 tonnes de produits chimiques avaient brûlé: 5.253 tonnes sur le site de Seveso seuil haut Lubrizol et 4.252 tonnes sur le site de l'entreprise voisine Normandie Logistique, dont 1.600 appartenaient à Lubrizol.
Durant quarante heures d'audition, les sénateurs n'ont pas ménagé leurs interlocuteurs, le maire PS de Rouen Yvon Robert se voyant par exemple qualifié d'"excellent avocat de Lubrizol" par Christine Bonfanti-Dossat, rapporteur LR.
Parmi les quelque 80 auditions menées, ont été entendus le président-directeur général du groupe Lubrizol Éric Schnur, les ministres Christophe Castaner (Intérieur), Agnès Buzyn (Santé) et Elisabeth Borne (Transition écologique), des syndicalistes et de nombreux experts. Tous ont juré de dire la vérité devant la commission.
- Causes du sinistre toujours incertaines -
Les sénateurs se sont rendus à Rouen. "Ce qui nous a le plus marqués, je crois, c'est notre visite de Lubrizol à la fois parce que visuellement c'était impressionnant et surtout" en raison du "traumatisme" du personnel, "d'autant plus fort qu'ils se faisaient agresser par des gens qui les traitaient d'assassin", explique M. Maurey.
La commission s'est aussi déplacée dans la "vallée de la chimie" dans le Rhône, marquée par une catastrophe dans une raffinerie à Feysin en 1966 (18 morts).
Des questions restent toutefois sans réponse.
Pendant plusieurs semaines et pour certains plusieurs mois, des habitants de l'agglomération rouennaise ont été incommodés par une odeur d'hydrocarbures, des maux de tête, des nausées, voire des vomissements, suscitant des inquiétudes sur les risques sanitaires à long terme.
"On fait des propositions par rapport à ce suivi à long terme", souligne M. Maurey.
Autre zone d'ombre, l'enquête en cours menée par le parquet de Paris n'a encore pu déterminer les causes de l'incendie.
Fin février la société Lubrizol a été mise en examen pour "déversement de substances nuisibles" et pour des manquements dans l'exploitation de son usine ayant porté une "atteinte grave" à l'environnement. L'entreprise, qui a pu redémarrer partiellement à Rouen mi-décembre, a été placée sous contrôle judiciaire.
Un cautionnement de 375.000 euros et une "sûreté" de 4 millions d'euros visant à réparer les "dommages humains et environnementaux" éventuellement imputables à l'incendie ont été demandés à la société propriété du milliardaire américain Warren Buffett.
