Le ministre bosnien de la Sécurité a annoncé sa démission mardi pour protester contre les menaces subies selon lui par la justice dans une affaire de corruption présumée portant sur l'achat en Chine de respirateurs destinés aux malades du coronavirus.
"Je vais présenter ma démission aujourd'hui après un conseil de ministres et à partir de ce moment-là, je ne serai plus ministre", a déclaré Fahrudin Radoncic en conférence de presse.
La procureure générale de Bosnie Gordana Tadic, qui a désigné les trois magistrats du parquet chargés de l'affaire des respirateurs, a reçu des "menaces de mort" sur les réseaux sociaux. La police a annoncé avoir renforcé sa sécurité ainsi que celle de sa famille.
"Transformer en cibles les procureurs, les policiers ou les juges, c'est quelque chose qu'aucun ministre de la Sécurité ne pourrait regarder sans réagir", a ajouté Fahrudin Radoncic.
Le ministre visait le SDA, le principal parti bosniaque (musulman), dont un des membres, Fadil Novalic, le chef du gouvernement de l'entité croato-bosniaque, avait été arrêté la semaine dernière.
Il est soupçonné de détournement de fonds dans l'enquête sur l'achat récent de 100 respirateurs en Chine mais le SDA a accusé le parquet de mener un "procès politique".
La Bosnie est composée de deux entités, une serbe et l'autre croato-bosniaque, unies par un gouvernement central.
Fadil Novalic, ainsi que le directeur suspendu de la Protection civile de l'entité croato-bosniaque et le directeur de l'entreprise agricole par le biais de laquelle les respirateurs ont été achetés, ont été remis dimanche en liberté, mais placés sous contrôle judiciaire.
Ils sont soupçonnés d'avoir organisé l'achat du matériel médical pour environ 5,4 millions d'euros, un montant surévalué d'au moins 500.000 euros selon la presse locale. Les respirateurs se sont en outre révélés inutilisables dans les services de soins intensifs auxquels ils étaient destinés.
Le chef du SDA, Bakir Izetbegovic, a reproché à la procureure générale de participer à un "coup" contre les "leaders bosniaques" et de ne pas poursuivre les suspects de crimes de guerres commis dans les années 1990 contre les Bosniaques.
Gordana Tadic a dénoncé des "pressions directes contre le travail de la justice" et la "mise en danger" d'elle-même et de ses proches.
Selon diverses ONG, la corruption est endémique en Bosnie, un des pays les plus pauvres d'Europe, notamment au sein de la classe politique, mais les responsables politiques sont rarement condamnés.
