02.12.2003 - TPIR/GOUVERNEMENT I - NZIRORERA AURAIT ARME LES INTERAHAMWE A MUKINGO

Arusha, le 2 décembre 2003 (FH) - l'ancien président du parlement intérimaire rwandais, Joseph Nzirorera, aurait armé des miliciens Interahamwe, fer de lance du génocide anti-tutsi de 1994, dans sa commune natale de Mukingo (province Ruhengeri, nord du Rwanda), a affirmé un témoin, mardi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Désigné par le pseudonyme "GDG" pour assurer son anonymat, le troisième témoin du parquet, comparaît dans le procès dit "Gouvernement I" qui a commencé le 27 novembre.

2 min 51Temps de lecture approximatif

C'est le premier qui témoigne en rapport direct avec les faits de l'affaire, après deux enquêteurs.

Joseph Nzirorera est coaccusé avec trois autres anciens dignitaires considérés par le parquet comme des "piliers" du gouvernement intérimaire en place pendant le génocide anti-tutsi et les massacres D'opposants qui ont fait un million de morts en 1994.

Le témoin GDG, un Tutsi rescapé du génocide, a affirmé que Nzirorera a armé les Interahamwe de Mukingo entre 1992 et 1993. Comme l'accusé, le témoin est natif de Mukingo.

"Ceci, J'en ai été témoin. Il y avait un jeune homme qui faisait partie des Interahamwe. Il avait un fusil" qu'il avait reçu de Nzirorera, a allégué M.GDG.

Le témoin a indiqué que l'accusé avait auparavant assisté à une réunion publique à Mukingo, au cours de laquelle il avait "personnellement dit qu'il allait mettre sur pied une jeunesse qui allait les assister à rechercher les Inyenzi"

Inyenzi [cancrelats] était un terme péjoratif utilisé pour désigner les Tutsis et les opposants hutus, a expliqué M. GDG.

"Il a dit que même si certains Inyenzi étaient déjà morts, cette jeunesse allait les aider à rechercher ceux qui étaient encore en vie", a poursuivi le témoin, qui s'exprimait dans sa langue maternelle, le kinyarwanda.

Selon le témoin, Nzirorera a ajouté que "cette jeunesse était les Interahamwe. Il a également promis qu'il allait chercher un habillement particulier pour cette jeunesse, qu'il allait fournir des véhicules pour le transport et des armes à cette jeunesse. Et plus tard tout cela a été mis en Suvre.".

Selon GDG, Nzirorera aurait cédé une de ses maisons aux Interahamwe de Mukingo qui l'ont utilisée comme bureau."Ils ont hissé leur drapeau à cet endroit. Ils passaient leur temps à cet endroit. Ils étaient toujours là", a dit M.GDG.

Le témoin a décrit Nzirorera comme "une autorité influente qui construisait des routes à Ruhengeri."

l'accusé a D'abord été ministre des travaux publics, avant D'être élu secrétaire général de l'ex-parti présidentiel, le Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND) et président de l'assemblée nationale intérimaire. En juillet 2001, GDG a témoigné à charge dans le procès de l'ancien maire de Mukingo, Juvénal Kajelijeli. Ce dernier a été condamné à la prison à vie pour génocide et crimes contre l'humanité lundi par le TPIR.

La représentante nigériane du procureur, Ifeoma Ojemini, qui était dans l'équipe de la poursuite dans le procès Kajelijeli, a souvent fait référence à l'ancien maire en interrogeant le témoin GDG. Le parquet accuse Nzirorera de s'être entendu avec Kajelijeli pour commettre le génocide à Mukingo.

Dans sa déclaration liminaire du 27 novembre, le procureur avait affirmé que "pendant plus de deux ans, il [Nzirorera]a armé, formé, endoctriné les Interahamwe comme une machine à tuer".

Vers le 8 avril 1994, "tous les Tutsis de Mukingo avaient été tués", a indiqué le procureur. l'accusation estime par ailleurs que durant le génocide, les femmes tutsies ont été mutilées, violées, avant D'être tuées par les Interahamwe."Ces hommes que Nzirorera a nourris et financés, ce sont eux qui ont commis ces viols", a dit le procureur.

Joseph Nzirorera est coaccusé avec deux autres responsables du MRND, Mathieu Ngirumpatse, le président, et Edouad Karemera, le vice-président. Le troisième coaccusé est l'ancien ministre de l'enseignement primaire et secondaire sous le gouvernement intérimaire, André Rwamakuba. Il appartenait au Mouvement démocratique républicain (MDR), un parti D'opposition. Rwamakuba boycotte ce procès depuis son ouverture, alléguant "une manipulation" de son dossier par le procureur.

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sénégalaise Andrésia Vaz, et comprenant en outre la juge italienne Flavia Lattanzi et la juge camerounaise Florence Rita Arrey.

AT/GF/FH(GVI'1202A)