27.11.2003 - TPIR/GOUVERNEMENT I - OUVERTURE DU PROCES DE QUATRE "PILIERS" DU GOUVERNEMENT

Arusha, le 27 novembre 2003 (FH) - Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a commencé jeudi le procès de quatre "piliers" du gouvernement intérimaire en place pendant le génocide anti-tutsi et les massacres D'opposants qui ont fait un million de morts en 1994.

Il s'agit du président de l'ex-parti présidentiel, le Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND), Matthieu Ngirumpatse, de son vice-président Edouard Karemera et de son secrétaire général Joseph Nzirorera, ainsi que de l'ancien ministre de l'enseignement primaire et secondaire André Rwamakuba.

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Edouard Karemera était également ministre de l'intérieur en 1994 et Joseph Nzirorera, président de l'assemblée nationale intérimaire.

André Rwamakuba n'était pas dans le box jeudi, protestant contre "la manipulation" de son dossier par le procureur. La chambre a déclaré que Rwamakuba était libre D'assister à son procès à tout moment.

"Les quatre hommes qui se présentent devant vous étaient les piliers du gouvernement intérimaire, même si deux D'entre eux n'occupaient pas de porte-feuilles ministériels", a déclaré Don Webster (USA/Jamaïque), le représentant du procureur.

La nature et les mobiles du gouvernement qu'ils ont soutenu étaient clairement le génocide, a souligné Don Webster.

"Ces quatre personnes ont fait de ce génocide une campagne populiste nationale qui n'a fait que croître", a indiqué Don Webster, expliquant que les accusés ont "façonné les paysans sans terre au Rwanda et en ont fait une armée de brutes et de tueurs".

Le procureur leur a par ailleurs reproché D'avoir recruté, formé et armé les miliciens Interahamwe, "levier de la machine mortelle au Rwanda", a-t-il dit.

Don Webster a ajouté que le génocide rwandais n'était pas "spontané" mais "une violence sauvage et irrationnelle orchestrée, planifiée et délibérée". Les quatre hommes sont responsables de ce génocide, a dit le représentant du procureur.

Don Webster a affirmé que le principal mobile du génocide était le refus de partager le pouvoir avec l'opposition."l'objectif était de détruire les Tutsis et de s'agripper au pouvoir. Ils ne pouvaient faire l'un sans l'autre", a déclaré Don Webster.

Le représentant du procureur a souligné que bien que les accusés soient "la crème des crèmes, des éminences grises de la société rwandaise", ces hommes étaient "comme des brutes, des Interahamwe, qui ont fait que tout le Rwanda descende dans l'abîme".

A côté des crimes relevant de l'entente, il a également fait état D'allégations spécifiques à chaque accusé. Don Webster a impliqué Nzirorera et Karemera dans les massacres et les viols commis dans leur région natale, respectivement Ruhengeri (nord) et Kibuye (ouest), Rwamakuba à Butare (sud) où il était médecin et Ngirumpatse notamment à Kigali, la capitale.

Don Webster a qualifié Ngirumpatse de "criminel de guerre". Don Webster a par ailleurs affirmé que Rwamakuba "s'est rendu D'un pavillon à l'autre pour identifier les Tutsis et les désigner aux Interahamwe qui les ont ensuite conduits aux barrages et les ont tué. Il circulait avec une hache à la ceinture alors qu'il aurait dû avoir un stéthoscope, un thermomètre ou tout autre instrument médical".

Selon Don Webster, l'accusé Ngirumpatse a été l'instrument du génocide, Nzirorera a peaufiné cet instrument, Karemera l'a huilé et Rwamakuba l'a amélioré.

Après l'intervention du procureur, l'avocat français Me Didier Skornicki, qui représente Edouard Karemera a fait une déclaration liminaire au nom de trois équipes de la défense. Me Skornicki a invité les juges à aborder le dossier autrement que ne l'ont présenté le procureur et les médias.

Me Skornicki a déclaré que le gouvernement intérimaire était à court de moyens mais qu'il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour arrêter les massacres, notamment en faisant appel à l'aide de la communauté internationale.

"Ce sont ces hommes qui ont fait appel solennellement à l'aide internationale en vue D'arrêter le génocide qui sont accusés aujourD'hui de l'avoir orchestré", a déclaré Me Skornicki.

l'avocat français a ajouté qu'on a affaire à "des hommes de bonne volonté qui vous démontreront l'un après l'autre leur innocence et qui n'hésiteront pas à entrer dans l'histoire minuscule du pays [&] pour répondre à cette "sémantique accusatoire".

l'avocat américain Me Peter Robinson, qui représente Joseph Nzirorera, s'est également adressé à la chambre. "Joseph Nzirorera n'est pas coupable des crimes qui sont retenus contre lui", a t-déclaré. Me Robinson a par ailleurs accusé le gouvernement rwandais de ne pas coopérer avec la défense.

Nzirorera et ses coaccusés répondent de sept chefs D'accusation, parmi lesquels génocide, entente en vue de commettre le génocide, incitation directe et publique à commettre et crimes contre l'humanité. Le premier témoin de l'accusation sera entendu jeudi dans l'après-midi.

Ce procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sénégalaise Andrésia Vaz, assistée de deux juges ad litem (non-permanents), l'Italienne Flavia Lattanzi et la Camerounaise Florence Rita Arrey. Dit gouvernement I, ce procès double l'affaire gouvernement II en cours depuis le 6 novembre et dans laquelle comparaissent quatre anciens membres du gouvernement intérimaire.

AT/FH (GVI'1127A)