06.11.2003 - TPIR/MILITAIRES I - LA DEFENSE DOUTE QU’UN CAPORAL AIT VIOLE LES ORDRES D’UN COLONEL

Arusha, le 6 novembre 2003 (FH) – La défense de l’ancien directeur de cabinet au ministère rwandais de la défense, le colonel Théonèste Bagosora a douté, lors d’une audience jeudi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qu’un caporal ait passé outre les ordres donnés par l’accusé durant les événements de 1994, tel que l’affirmait un témoin à charge.

L’avocat franco-martiniquais de Bagosora, Me Raphaël Constant poursuivait le contre-interrogatoire du 22è témoin du parquet, dénommé « DAS » pour des raisons de sécurité.

1 min 38Temps de lecture approximatif

Ce dernier était gardien de nuit à Kigali au moment des faits.

En répondant aux questions du procureur, le témoin a affirmé que l’accusé avait ordonné la mise à mort des Tutsis et « félicité » des militaires et des miliciens Hutus qui se livraient aux massacres à des barrages routiers qu’ils avaient érigés à Kigali en avril 1994.

Me Constant a demandé à ce témoin, d’ethnie Tutsi, d’expliquer pourquoi il n’avait pas été tué lui-même, alors qu’il serait resté sur les lieux allégués des massacres avec les assaillants « pendant trois mois », selon ses propres propos.

D’après DAS, son employeur, dont il n’a pas révélé l’identité, serait passé à la barrière à plusieurs reprises et enjoint à un caporal nommé Irandemba de ne pas le toucher.

« Ne tuez pas mon gardien, n’attaquez pas ma résidence », aurait-il dit le 13 avril.

« Pensez-vous, Monsieur le témoin, qu’un caporal pouvait violer les ordres d’un colonel » ?, s’est enquis Me Constant. En réplique, le témoin a indiqué que les assaillants tuaient des Tutsis « sauf ceux qui étaient sur les barrages ».

Considéré par le parquet comme le « cerveau du génocide rwandais », Bagosora est co-accusé avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva et l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Accusés notamment de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, tous plaident non coupable.

Ce procès dit « Militaires I » se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté des juges russe Serguei Egorov et fidjien Jai Ram Reddy.

Avant de clôturer sa déposition vendredi, DAS sera contre-interrogé par la défense de Nsengiyumva.

GA/CE/GF/FH (ML’1106A)