05.11.2003 - TPIR/MILITAIRES I - BAGOSORA AURAIT FELICITE DES MILITAIRES D’AVOIR TUE DES TUTSIS

Arusha, le5 novembre 2003 (FH) – Un témoin du parquet entendu mercredi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a affirmé que l’ancien directeur de cabinet au ministère rwandais de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, avait félicité les militaires et les miliciens d’avoir massacré les Tutsis à Kigali en avril 1994.

Le 22e témoin de l’accusation, dénommé « DAS », a rapporté qu’il était, au moment des faits, veilleur de nuit à Kiyovu, un quartier aisé de la capitale qui abritait de hautes autorités militaires et civiles, ainsi que plusieurs missions diplomatiques accréditées au Rwanda à l’époque.

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Selon DAS, militaires et miliciens Interahamwe avaient érigé des barrages routiers à Kigali au lendemain de l’attentat contre le président Habyarimana, survenu dans la nuit du 6 avril 1994. Ils se seraient ensuite livrés aux massacres de Tutsis en différents axes de la ville.

Bagosora serait arrivé le 14 avril à un barrage érigé deux jours plus tôt, où des Tutsis étaient sélectionnés sur la base des cartes d’identité (elles mentionnaient à l’époque l’appartenance ethnique). Il se trouvait alors, selon le témoin, en compagnie d’un de ses co-accusés, l’ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva.

« Il [Bagosora] a remercié les militaires et les Interahamwe d’avoir fait du bon travail, d’avoir été actifs. Nous avons compris qu’il les félicitait pour avoir tué les Tutsis car ces gens ne faisaient que cela », a allégué DAS, expliquant que tous les veilleurs étaient rassemblés au barrage routier ce jour-là.

Certaines des victimes auraient été abattues en présence des deux officiers, pendant les quelque dix minutes qu’ils auraient passées sur les lieux. «Une cinquantaine de corps gisaient au sol, j’étais parmi ceux qui chargeaient les cadavres sur les camions », a précisé le témoin.

A cette occasion, Nsengiyumva aurait indiqué que la situation était « bonne » à Gisenyi. Il aurait ensuite enjoint aux milices de vérifier qu’il n’y avait pas de réfugiés dans une église presbytérienne de la place.

Des femmes auraient par ailleurs été violées puis tuées par des Interahamwe contrôlant des barrages routiers à Kiyovu entre avril et mi-mai, selon le même témoin.

Bagosora et Nsengiyumva sont co-accusés avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, et l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Le parquet maintient qu’ils ont adhéré à un plan d’extermination de Tutsis et des Hutus modérés, dont les massacres d’avril à juillet 94 en a été la preuve de sa mise en exécution. Les accusés plaident non coupable.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté des juges russe Serguei Egorov et fidjien Jai Ram Reddy.

Depuis la reprise de ce procès lundi dernier, le juge Reddy est absent pour des raisons familiales. Le règlement stipule que deux juges peuvent siéger en l’absence d’un de leurs collègues pour un délai ne dépassant pas cinq jours.

L’interrogatoire principal de DAS prendra fin jeudi.

GA/CE/GF/FH (ML’1105A)