03.04.2003 - TPIR/MEDIAS - NGEZE AURAIT PREVENU CONTRE LES MASSACRES DE TUTSIS

Arusha, le 3 avril 2003 (FH) - Hassan Ngeze, un des trois Rwandais accusés dans le procès des "médias de la haine" a affirmé qu'il a prévenu contre les massacres de Tutsis en 1994, lors de sa déposition jeudi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Poursuivi notamment pour incitation directe et publique à commettre le génocide, Hassan Ngeze a déclaré qu'il avait "essayé D'éviter la guerre en parlant de ses conséquences".

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Le parquet allègue que Hassan Ngeze a incité aux massacres de civils Tutsis en les assimilant aux "complices" des combattants du Front patriotique rwandais (FPR), l'ex-mouvement rebelle actuellement au pouvoir à Kigali.

Le procureur a mis en preuve des articles de la revue Kangura de Hassan Ngeze qui indiqueraient qu'en cas de reprise de la guerre entre le FPR et les ex-Forces armées rwandaises (FAR), des civils Tutsis devaient être massacrés.

Le gouvernement rwandais et le FPR avaient signé en août 1993 un accord de paix qui est devenu caduque avec le déclenchement du génocide en avril 1994.

Hassan Ngeze a indiqué qu'il n'avait cessé de mettre en garde les autorités compétentes contre les conséquences de la reprise de la guerre mais qu'elles n'avaient pas voulu l'écouter. "Si on m'avait écouté, ce Tribunal n'existerait pas, parce qu'il n'y aurait pas eu de guerre. Le Tribunal a existé parce qu'on ne m'a pas écouté", a indiqué Ngeze.

Hassan Ngeze est coaccusé avec deux responsables présumés de la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza. Ils plaident non coupables.

"Vous devriez me féliciter parce que J'ai essayé de prévenir la guerre", a indiqué Hassan Ngeze. "J'ai essayé mais J'ai échoué", a-t-il ensuite regretté.Hassan Ngeze a réitéré qu'il avait sauvé des Tutsis persécutés pendant le génocide en les conduisant en des lieux sûrs. "A Kigali, je suis le seul être humain à avoir sauvé un millier de personnes", a-t-il déclaré.

La revue Kangura n'a pas été publiée entre avril et juillet 1994, en raison de la guerre et du génocide. "Si J'avais été en mesure de publier les journaux entre avril et juillet 1994, J'aurais appelé les gens à ne pas tuer. J'aurais condamné les
autorités", a dit Ngeze.

"Toutes les personnes impliquées dans les massacres étaient des gens stupides. Qu'il s'agisse des militaires de haut rang ou des membres du gouvernement", a-t-il ajouté.

La déposition de Hassan Ngeze se poursuit vendredi devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et comprenant en outre les juges norvégien Erik Mose et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana.

Hassan Ngeze est contre-interrogé par le substitut camerounais du procureur William Egbe qui a pris le relais de la Kenyane Charity Kagwi-Ndungu.

AT/GF/FH (ME'0403A)