02.04.2003 - TPIR/CYANGUGU - BAGAMBIKI REGRETTE LES MASSACRES DE CYANGUGU

Arusha, le 2 avril 2003 (FH) - l'ancien préfet de Cyangugu (sud-ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki a exprimé des remords face aux événements ayant endeuillé sa région durant le génocide de 1994, lors de sa déposition mercredi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

"Je regrette de n'avoir pas sauvé tous ceux que je voulais sauver et je demande pardon", a instamment imploré l'accusé, avant de rendre hommage aux disparus: "Je m'incline respectueusement et sincèrement devant toutes les victimes des événements qui ont endeuillé Cyangugu".

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Bagambiki parachevait son interrogatoire en chef, entamé il y a une semaine sous la conduite de son avocat belge, Me Vincent Lurquin.

"Je souhaite que ce qui est arrivé au Rwanda n'arrive plus jamais ni au Rwanda ni où que ce soit dans le monde", a poursuivi l'accusé, faisant allusion au génocide anti-Tutsi et aux massacres D'opposants ayant fait près D'un million de morts entre avril et juillet 1994.

l'accusation allègue que plus de 100,000 Tutsis ont été massacrés à Cyangugu en l'espace de 23 jours. Cependant, un rapport établi récemment par le gouvernement rwandais estime le nombre de victimes à Cyangugu à 59 786.

"Etre utile à la population"
"J'ai fait ce que J'ai pu, ce qui était humainement possible", a plaidé Bagambiki, rappelant au passage les différentes réunions qu'il avait organisées dans sa préfecture, "en impliquant le maximum D'acteurs", pour prévenir ou faire arrêter les massacres.

Réagissant à une opinion exprimée par un témoin expert du parquet, le sociologue français André Guichaoua, qui avait suggéré que puisque l'accusé n'avait pas les moyens de mettre fin au carnage qui dévorait sa province, il aurait dû avoir le courage de fuir, Bagambiki a répondu qu'il a choisi de rester "pour être utile à ma population".

"Si J'avais fui, je serais physiquement libre de mes mouvements, mais je serais dans une autre prison, celle de ma conscience, celle du remord", a-t-il observé.

A l'entame du contre-interrogatoire, le représentant ougandais du parquet, Richard Karegyesa a relevé, en s'adressant à l'accusé, que "votre déposition a été concoctée et elle est totalement sans fondement".

Bagambiki est co-accusé avec l'ancien ministre des transports et communications sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, ainsi que l'ancien commandant du camp militaire de Karambo, à Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Ils plaident non coupable.

Le procès du groupe Cyangugu se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge George Williams de Saint Kitts et Nevis, assisté des juges russe, Yakov Ostrovsky, et slovène Pavel Dolenc.

Le contre-interrogatoire de Bagambiki se poursuit jeudi.

GA/CE/GF/FH (CY'0402A)