17.03.2003 - TPIR/BUTARE - DES MILICIENS AURAIENT PRIVE LES REFUGIES DE NOURRITURE

Arusha 17 mars 2003 (FH) - Des miliciens Interahamwe auraient empêché un prêtre de race blanche de distribuer des vivres à un groupe de réfugiés tutsis en juin 1994, a affirmé un témoin , lundi, dans le procès du groupe Butare (sud du Rwanda) en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda ( TPIR).

"Ils lui ont donné quelques heures pour quitter les lieux, parce qu’il voulait nous distribuer des vivres qu’il avait lui-même apportés" a déclaré le témoin dénommé "SD" pour préserver son anonymat.

1 min 46Temps de lecture approximatif

Le vingt deuxième témoin du parquet a indiqué que, avec D'autres Tutsis, il a été conduit du bureau de la préfecture de Butare au lieu-dit Rango par l’ancien maire de Ngoma, Joseph Kanyabashi, un des six accusés dans ce procès.
"Les Interahamwe se sont exclamés : tu veux distribuer de la nourriture à des Tutsis ! Qui t’a dit que les Tutsis mangent?" a rapporté Mme SD.

Selon elle, le prêtre est parti immédiatement, laissant sur place ces vivres entre les mains des Interahamwe. SD a également évoqué deux fosses qui avaient été creusées dans la forêt voisine. "Les Interahamwe nous disaient souvent que nous serions jetés dans ces fosses le jour de l’enterrement du président Habyarimana" tué le 6 avril 1994.

D'après la déposition de SD, les réfugiés ont quitté Rango le 4 juillet 1994, à l’arrivée des troupes du Front patriotique rwandais (FPR), alors en rébellion contre l'ancien régime.

Le témoin SD a indiqué avoir perdu les traces de six de ses sept enfants pendant le génocide.

"Un soir, lorsque nous étions encore au bureau de le préfecture, deux bus sont partis en direction de Nyange avec, à bord, six de mes sept enfants et leur oncle paternel. Je ne les ai pas revus depuis", a-t-elle déclaré.

Ce procès regroupe outre Joseph Kanyabashi, l’ancienne ministre de la famille et de la promotion féminine, Pauline Nyiramasuhuko, son fils Arsène Shalom Ntahobali, les anciens préfets de Butare, Sylvain Nsabimana et Alphonse Nteziryayo, ainsi que l'ancien maire de Muganza Elie Ndayambaje.

Selon le témoin, c’est Sylvain Nsabimana qui a fait venir les bus et qui a dit aux Tutsis de monter à bord promettant que leur sécurité serait assurée à Nyange.

Le procès se poursuit mardi avec le contre-interrogatoire du témoin par les avocats de la défense.

Les débats se déroulent devant la deuxième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge tanzanien William Hussein Sekule et comprenant en outre les juges Arlette Ramaroson de Madagascar et Winston Churchill Matanzima Maqutu du Lesotho.

ER/AT/GF/FH(BU'0317A)