30.09.2002 - TPIR/CYANGUGU - LE PROCUREUR S'ATTAQUE A l'ALIBI DE NTAGERURA

Arusha, le 30 septembre 2002 (FH) - A la reprise, lundi, du procès du groupe Cyangugu (sud-ouest du Rwanda) en cours devant le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le procureur s'est D'emblée attaqué à l'alibi de l'ex-ministre des transports et communications sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, un des accusés dans ce procès.

l'accusé, qui témoigne pour sa propre défense depuis le 17 juillet dernier, affirme que, alors que la plupart de témoins à charge l'ont placé à Cyangugu en train de superviser ou de participer aux massacres, il était en mission à l'étranger.

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Ntagerura affirme que du 10 au 11 avril 1994, il a accompagné la dépouille mortelle du président burundais, Cyprien Ntaryamira, décédé avec son homologue rwandais, Juvénal Habyarimana, au cours de l'attentat contre l'avion de ce dernier le 6 avril 1994.

"Vous n'avez jamais accompagné la dépouille mortelle du président burundais", a soutenu la représentante tanzanienne du parquet, Holo Makwaia, tentant ainsi de détruire l'alibi de l'accusé. "Il [le corps] a été escorté par Séverin Mfatiye, ambassadeur du Burundi au Rwanda à l'époque", a-t-elle ajouté.

Réagissant à cette remarque du procureur, Ntagerura a maintenu ses propos, expliquant que sa délégation (gouvernementale) avait emprunté la voie routière pour se rendre à Bujumbura, et que le corps du président défunt les avait précédé, évacué en hélicoptère par des militaires burundais. "Je ne me rappelle pas si Mfatiye nous avait précédé ou pas", a-t-il concédé.

l'accusé a par ailleurs observé que dans le cadre D'une convention entre la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), visant à faciliter la circulation des personnes, des biens et des services, "un seul tampon suffisait pour se rendre D'un pays à l'autre". Signée le 21 septembre 1976, cette convention concernait le Rwanda, le Burundi et l'ex-Zaïre.

Mlle Makwaia a cependant relevé que des tampons D'entrée et de sortie avaient été apposés dans le passeport de l'accusé, lors D'une mission de ce dernier au Burundi du 12 au 13 décembre 1990. A ce sujet, Ntagerura a plaidé que la convention devait se mettre en application "progressivement". Il a en outre précisé que cette disposition ne s'appliquait qu'à des postes frontières terrestres, non à des aéroports.

En fin D'après-midi, le procureur a interrogé l'accusé sur le fonctionnement du ministère dont il était en charge, en particulier sur le contrôle par ce dernier des véhicules de l'ONATRACOM (Office National des Transports en Commun).

Le parquet allègue que l'accusé aurait autorisé le transport des Interahamwe par des véhicules de l'ONATRACOM durant le génocide de 1994. Ntagerura a
indiqué que son ministère "n'avait pas D'autorité de coercition, mais de tutelle" de cette société, qualifiant sa gestion D'"autonome".

Ntagerura est co-accusé avec l'ancien préfet de Cyangugu, Emmanuel Bagambiki, ainsi que l'ancien commandant du camp militaire de Karambo dans la même région, le lieutenant Samuel Imanishimwe.

Les trois plaident non coupables aux accusations de génocide anti-Tutsi et de massacres D'opposants au cours desquels un million de personnes ont
trouvé la mort entre avril et juin 1994, selon un récent bilan établi par les autorités de Kigali.

l'accusation allègue que plus de 100.000 Tutsis ont été massacrés dans cette région du Rwanda en l'espace de 23 jours, mais le gouvernement rwandais a dénombré 55.271 victimes du génocide dans cette province.

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge George Llyod Williams de Saint Kitts et Nevis, assisté des juges russe Yakov Ostrovsky, et slovène, Pavel Dolenc.

GA/GF/FH (CY-0930A)