20.05.2002 - TPIR/MEDIAS - ALISON DES FORGES ADMISE COMME EXPERTE DANS LE PROCES DES MEDIAS

Arusha 20 mai 2002 (FH) - l'historienne américaine et activiste des droits de l'homme, Alison Des Forges, a été admise comme témoin expert du parquet dans le procès des anciens responsables des "médias de la haine" au terme D'un débat houleux entre les parties, lundi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Le parquet avait demandé qu'Alison Des Forges dépose comme experte en droits de l'homme et en histoire sociopolitique du Rwanda, y compris la propagande des médias.

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Les avocats s'étaient fermement opposés à l'expertise D'Alison Des Forges plaidant que "son témoignage ne peut éclairer la religion de la chambre. Elle ne peut qu'être partiale".

Les avocats lui reprochaient de s'être "impliquée de manière émotionnelle dans les événements du Rwanda" et D'être pro-tutsie. Ils disaient en outre qu'elle n'était pas spécialiste en linguistique, en communication et dans les domaines qui touchent aux aspects militaires et aux médias. La chambre a estimé que l'expérience et l'expertise du témoin dans les domaines de l'histoire et des droits de l'homme sont imbriquées et qu'elles ne sauraient être séparées du domaine des médias.

Le procès des médias concerne l'ancien promoteur de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM), Ferdinand Nahimana, l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, ainsi que l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza.

Alison Des Forges est rédactrice de l'ouvrage :"Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda" publié en 1999 par Human Rights Watch et la Fédération
internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH). Cette recherche analyse notamment le contexte historique du génocide anti-tutsi et les mécanismes intrinsèques de sa mise en œuvre, dont le rôle des médias.

Selon ce livre, la revue Kangura a été "une des plus virulentes voix de la haine" et la radio RTLM "reprenait parfois dans les mêmes termes, bon nombre des thèmes popularisés par la presse écrite. ".

"Les présentateurs [de la RTLM] rediffusèrent tous les messages de haine, désormais familiers: les différences inhérentes entre Hutus et Tutsis, la supériorité numérique des Hutus -Rubanda nyamwinshi: la majorité-, l'habileté des Tutsis à s'infiltrer partout, leur cruauté, leur forte solidarité, leur intention de revenir à l'oppression antérieure, la menace qu'ils posaient aux acquis de la révolution de 1959 et surtout, leur projet D'extermination des Hutus. Ces messages contenaient des appels à l'action", indique le livre.

"La radio fut un moyen encore plus efficace pour transmettre directement et simultanément le message de haine à un large public", poursuit le livre.

La déposition D'Alison Des Forges se poursuit mardi.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par la juge sud-africaine Navanethem Pillay et composée en outre des juges, norvégien Erik Mose, et sri-lankais Asoka de Zoysa Gunawardana.

AT/GF/FH (ME-0520A )