20.05.2002 - TPIR/CYANGUGU - l'EPOUSE DE NTAGERURA A TEMOIGNE EN FAVEUR DE SON MARI

Arusha 20 mai 2002 (FH) - l'épouse de l'ancien ministre des transports et communication sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, a témoigné lundi pour le compte de son mari dans le procès du groupe Cyangugu (sud-ouest du Rwanda) en cours devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Mme Léoncie Bongwa devait déposer sous couvert de l'anonymat, mais elle a finalement témoigné à visage découvert, après avoir demandé la levée des mesures de protection.

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Détentrice D'un baccalauréat en Lettres, Mme Bongwa a indiqué que les membres de sa famille ont appris l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana dans la nuit du 6 avril 1994 "par téléphone", sur le coup de 21 heures, à leur résidence de Kimihurura à Kigali.

"Après 22 heures, nous avons fui vers le camp de la garde présidentielle de Kimihurura", a expliqué le témoin, ajoutant qu'ils avaient quitté ce camp militaire le 8 avril pour se rendre à l'ambassade de France.

Un témoin de l'accusation désigné par les lettres "LAI" a rapporté en septembre de l'année dernière que Ntagerura aurait procédé à la distribution des armes à feu aux Interahamwe (milice l'ex-parti présidentiel, le MRND) le 7 avril 1994.

"Mon mari est resté avec nous jusqu'au 10 avril", a affirmé l'épouse de l'accusé, ajoutant qu'à la même date, "il a accompagné la dépouille mortelle du président burundais [Cyprien Ntaryamira, tué dans le même attentat contre l'avion de son homologue rwandais] vers Bujumbura".

Le gouvernement intérimaire, dont Ntagerura faisait partie, a prêté serment le 9 avril 1994.

S'agissant de la fréquence des visites que la famille de Ntagerura effectuait à Cyangugu, le témoin a indiqué qu'elle s'y rendait rarement, "quand des amis nous invitaient pour des fêtes familiales, les baptêmes, les marriages, ou quand il y avait un décès. On y allait aussi à Noël ou pendant les grandes vacances, entre juillet et septembre". Elle a ajouté que "indépendamment de ces visites, mon mari n'a pas dépassé trois ou quatre fois par an pour aller à Karengera (commune D'origine de l'accusé)".

Un témoin de la défense dénommé "DBH" avait également rapporté en mars dernier que "Ntagerura se rendait rarement à Cyangugu, je dirais une fois par trimestre".

Mme Bongwa a indiqué qu'avec ses trois enfants et sa mère tutsie, ils ont été évacués le 12 avril 1994 vers Bujumbura par des avions militaires français, qui les ont ensuite conduits à Bukavu, à l'est de l'ex-Zaïre, le 14 avril. "On n'a pas fait plus de deux semaines là bas [à Bukavu]. Les autorités de Cyangugu nous ont ramenés au pays, à Cyangugu", a-t-elle expliqué, précisant qu'ils ont été logés au home Saint-François D'Assise "le 23 ou le 24 avril", et qu'ils ont quitté cet endroit le 19 mai pour retourner au Zaïre.

Lors du contre interrogatoire mené par la représentante tanzanienne du parquet, Holo Makwaia, Mme Bongwa a indiqué avoir appris, par les médias, alors qu'elle était réfugiée à l'ambassade de France, qu'il y avait eu des tueries à Kigali, dont les victimes étaient notamment "des complices du FPR (Front Patriotique Rwandais, ancien mouvement rebelle actuellement au pouvoir à Kigali) et des opposants au président [Habyarimana]". Elle a aussi affirmé avoir appris, quand elle était déjà en exil, qu'il y avait eu des massacres à Cyangugu. Dans les deux cas, le témoin s'est gardé de se prononcer sur les auteurs de ces massacres.

Ntagerura est co-accusé avec l'ancien préfet de Cyangugu Emmanuel Bagambiki, et l'ancien commandant du camp militaire de Karambo à Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Les trois plaident non coupables aux accusations de génocide anti-tutsi et de massacres D'opposants au cours desquels un million de personnes ont trouvé la mort entre avril et juin 1994

l'accusation indique que plus de 100.000 Tutsis ont été massacrés dans cette région du Rwanda en l'espace de 23 jours seulement. Le gouvernement rwandais a néanmoins dénombré 55.271 victimes du génocide dans cette province.

Ntagerura est défendu par l'avocat canadien, Me Henry Benoît et un avocat originaire du Congo démocratique, Me Rety Hamuli.

Le procès du groupe Cyangugu se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge George Williams de Saint-Kitts et Nevis, et comprenant par ailleurs les juges, russe Yakov Ostrovsky, et slovène Pavel Dolenc.

Les débats se sont poursuivis lundi avec la déposition du 23è témoin de la défense, dénommé "AH" pour préserver son identité.

GA/AT/GF/FH (CY-0520A)