04.01.2002 - TPIR/MEDIAS - UN ANCIEN PRESENTATEUR DE LA RTLM TEMOIGNERA MI FEVRIER

Arusha, le 4 janvier 2002 (FH) - l'ancien présentateur italo-belge de la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), Georges Ruggiu, témoignera à charge peu après la reprise du procès des anciens responsables des "médias de la haine", à la mi-février 2002, selon des sources judiciaires.

Georges Ruggiu a été condamné à douze ans de prison le 1er juin 2000 par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) après avoir plaidé coupable D'incitation à commettre le génocide et de crimes contre l'humanité (persécution).

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Le parquet estime que sa déposition devrait durer vingt jours.

Le procès des médias concerne l'ancien promoteur de la RTLM, Ferdinand Nahimana, l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza, ainsi que l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze. Il a été ouvert sur le fond en octobre 2000. Trente huit témoins du parquet ont été entendus jusqu'à ce jour. Les accusés plaident non coupables.

Né le 12 octobre 1957 à Verviers, en province de Liège (Belgique), Georges Ruggiu a travaillé en tant que journaliste et animateur à la radio RTLM du 6 janvier 1994 au 14 juillet 1994.

Selon un accord conclu avec le procureur et accepté par les juges, Georges Ruggiu "reconnaît que les discours tenus sur les ondes de la RTLM visaient tous à dresser la population contre “l’ennemi”, le FPR [Front patriotique rwandais, ex-rébellion à dominante tutsie) et ceux qui étaient considérés, en dehors de toute connotation ou référence ethnique, comme étant ses alliés. Il reconnaît que sur les ondes de la RTLM, ceux qui étaient considérés comme alliés du FPR étaient désignés en général par l’appellation de "complices du FPR". La signification de cette appelation a évolué, avec le temps, pour s’appliquer implicitement à l’ensemble de la population civile tutsie et aux politiciens hutus opposés au gouvernement intérimaire."

Georges Ruggiu admet en outre "que la généralisation de l'emploi du mot "Inyenzi" a de facto fait prendre à ce terme la signification de "personnes à tuer". Dans le contexte très particulier de la guerre civile en 1994, le terme "Inyenzi" est devenu synonyme du mot "Tutsi". [Ruggiu] reconnaît que l'emploi du mot "Inyenzi" dans ce contexte socio-politique a ainsi abouti à assimiler les Tutsis à des “personnes à tuer”.

Georges Ruggiu reconnaît égalemement "avoir, à plusieurs reprises, lancé un appel à la défense civile et lui avoir prodigué ses encouragements dans le cadre d’émissions destinées à la population, en utilisant notamment l'expression "aller travailler". L’expression "aller travailler" correspondait à la traduction littérale D'une expression rwandaise que le directeur de la RTLM, Phocas Habimana, [lui] avait expressément demandé [...] D'utiliser lors de ses émissions. Avec le temps, cette expression s'est toutefois clairement révélée signifier "aller combattre les membres du FPR et leurs complices " puis, subséquemment, "aller tuer les membres de l'ethnie tutsie et les opposants politiques hutus au gouvernement intérimaire".

Georges Ruggiu reconnaît par ailleurs "que tant lui-même que les autres journalistes de la RTLM ont participé à des émissions au cours desquelles ont été diffusées par intermittence des chansons ayant pour but D'encourager la population à combattre l'ennemi, dont et notamment une chanson intitulée "Nanga, Abahutu", soit "je n'aime pas les Hutus".
l'auteur de "Nanga Abahutu", Simon Bikindi, a été arrêté aux Pays Bas au mois de juillet 2001 et devrait prochainement être transféré à Arusha pour y être jugé.

l'ancien présentateur reconnait aussi que "les émissions de la RTLM ont diffusé l'idéologie et les desseins des extrémistes hutus, notamment les membres de MRND [Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement] et de la Coalition pour la défense de la République (“CDR”). Il admet que les émissions de la RTLM ont incité les jeunes Rwandais, les miliciens Interahamwe et les militaires à participer à la lutte armée contre l’ennemi et ses complices et partant à tuer les Tutsis et les Hutus modérés et à porter gravement atteinte à leur intégrité physique et mentale."

Il admet en plus que "les journalistes de la RTLM ainsi que les cadres et la direction éditoriale de la RTLM sont entièrement responsables des massacres des Tutsis et des Hutus membres de partis D'opposition qui ont été commis en 1994."

Georges Ruggiu a D'abord été un employé de l’administration de la sécurité sociale belge, avant de venir travailler au Rwanda. Son intérêt pour le Rwanda et sa population est né en 1990 suite à la rencontre d’étudiants rwandais qui étaient ses voisins en Belgique.

Ses avocats ont fait valoir qu'il a "a été endoctriné suite à une présentation partiale de la situation socio-politique au Rwanda." La chambre a pris en compte le fait qu'il "n’était pas suffisamment informé de la situation politique et sociale au Rwanda pour être à même de s’en faire une opinion objective."

Georges Ruggiu a été arrêté au Kenya en juillet 1997 et transféré à Arusha. Il a été défendu par les avocats, tunisien Me Mohammed Aouini, et belge Me Jean-Louis Gilissen.

Georges Ruggiu sera le second condamné par le TPIR à témoigner dans ce procès après l'ancien chef milicien Omar Serushago qui a déposé en novembre dernier. Les avocats ont affirmé que son témoignage n'était pas crédible.
AT/DO/FH (ME-0104A )