19.09.2001 - TPIR/CYANGUGU - CYANGUGU ETAIT POLITIQUEMENT HOMOGENE PENDANT LE GENOCIDE, SELON UN EXP

Arusha, le19 septembre, 2001 (FH) - Un témoin expert du parquet entendu mercredi dans le procès du groupe Cyangugu a affirmé que cette préfecture du sud-ouest du Rwanda était considérée comme homogène politiquement durant le génocide anti-tutsi de 1994.

Le professeur français André Guichaoua enseigne la sociologie à l'Université des Sciences et de Technologie de Lille (France).

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Depuis une vingtaine D'années, il mène des travaux de recherche dans la région des Grands Lacs. Parmi les rapports qu'il a publiés sur demande du TPIR figurent Les antécédents politiques de la crise rwandaise de 1994, et le Cadre politique de la préfecture de Cyangugu avant les massacres et le génocide D'avril 1994.

Le professeur Guichaoua a indiqué que durant le génocide, "il était impossible de trouver une autorité parallèle à Cyangugu, ce qui n'était pas le cas à Butare (sud)" où selon le témoin les autorités étaient doublées de subalternes directs pouvant consulter leurs chefs sur certaines décisions.

Le procès du groupe Cyangugu concerne l'ancien préfet de la place Emmanuel Bagambiki, le ministre des transports et communication sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, et l'ancien commandant de la garnison militaire de Cyangugu, Samuel Imanishimwe. Les trois sont accusés D'entente en vue de commettre le génocide. Ils plaident non coupables.

"André Ntagerura n'avait pas de concurrent dans cette préfecture", a déclaré le témoin, avant de concéder que dans ce contexte, cette région "ne nécessitait pas un investissement politique majeur".

Le témoin a indiqué qu'après la mise en place du gouvernement intérimaire, "les affaires militaires étaient la responsabilité des militaires du nord, les affaires civiles (et politiques) étaient la responsabilité des autorités du sud", expliquant au passage qu'il était important pour le gouvernement de nommer des gens capables de mobiliser les populations du sud qui au départ étaient perçues comme étant de l'opposition.

Le témoin a cité Bagambiki, Ntagerura et Imanishimwe comme les trois autorités politiques et militaire ayant monopolisé le pouvoir à Cyangugu. "Il n'y avait pas de doute sur la fiabilité du préfet, sur la fiabilité du commandant de camp et du ministre représentant le gouvernement", a-t-il ajouté.

Alors que les personnalités politiques du sud avaient été longtemps marginalisées par le pouvoir en place avant le génocide, le témoin a indiqué que Ntagerura avait même dirigé des délégations parties en négociations entre avril et mai 1994 en Tanzanie et dans l'ex-Zaïre. "Ntagerura était considéré comme une personnalité fiable par rapport à la politique générale du pays conçue soit par les militaires, soit par les civils; il était intellectuel capable de donner une image positive des autorités gouvernementales rwandaises".

Pour illustrer l'influence politique dont venaient de bénéficier les personnalités du sud, le témoin a indiqué que le président intérimaire, le Dr Théodore Sindikubwabo, et le premier ministre , Jean Kambanda, étaient tous du sud, de Butare en l'occurrence.

l'audition du témoin expert s'est poursuivi mercredi après-midi avec le contre interrogatoire. Sa déposition se poursuit jeudi matin.

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge George Williams de St Kitts et Nevis, et comprenant en outre les juges russe Yakov Ostrovsky et slovène Pavel Dolenc.

GA/AT/PHD/FH (CY_0919a)