27.02.2001 - TPIR/MEDIAS - LE CONTRE-INTERROGATOIRE DES TEMOINS DU PARQUET FAIT DES VAGUES A KIGALI

Arusha 27 février 2001 (FH) - Le contre-interrogatoire des témoins rwandais du parquet a été l'un des points débattus entre le ministre rwandais de la justice et une délégation du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a rapporté mardi la radio nationale rwandaise.

Le greffier sortant du TPIR, le Nigérian Agwu Ukiwe Okali, et son successeur, le Sénégalais Adama Dieng, ont entamé lundi une visite de trois jours à Kigali au cours de laquelle ils ont notamment rencontré le ministre rwandais de la justice, Jean de Dieu Mucyo.

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"Nous avons notamment discuté de la question des témoins, leur protection. Il semblerait qu'il y a un traitement inégal entre les témoins du parquet et ceux de la défense. Mais ces derniers jours, il y a eu un incident peu ordinaire. Il y a eu une sorte de harcèlement des témoins par les avocats de la défense" a déclaré Jean de Dieu Mucyo, dans une interview à Radio Rwanda.

La semaine dernière, le septième témoin de l'accusation dans le procès des anciens responsables "des médias de la haine" en cours au TPIR avait échangé des propos peu courtois avec un avocat de la défense, les deux hommes allant jusqu'à se traiter mutuellement de "stupides". Le Tribunal avait ordonné au témoin de ne parler de sa déposition à personne.

"On a nous a répondu que c'est de cette manière que les témoins doivent être contre-interrogés [...] S'ils traitent les gens comme ça, nous aimerions à notre tour savoir comment nous devrions les traiter", a poursuivi Jean de Dieu Mucyo, qui s'exprimait en kinyarwanda.

Mardi, l'avocat principal de l'ancien directeur et rédacteur en chef de la revue Kangura, Hassan Ngeze, un des coaccusés dans le procès des médias a pris des précautions, avant de contre-interroger le huitième témoin de l'accusation qui dépose depuis lundi. "Je n'ai nullement l'intention de vous insulter ou de vous énerver", a indiqué l'avocat américain Me John Floyd, priant le témoin de répondre à ses questions.

La présidente de la chambre, la juge sud-africaine Navanethem Pillay, a expliqué au témoin, à la demande de Me Floyd, que "il est du devoir du conseil de vous poser des questions. Et il s'agit également de questions qui préoccupent la chambre. [...] Nous vous demandons donc de le comprendre, de répondre à ces questions de façon claire et précise". Le précédent témoin esquivait des questions ou y répondait de façon contournée, a relevé la défense.

Le procès des médias concerne outre Hassan Ngeze, l'ancien promoteur de la Radio-télévision des mille collines, Ferdinand Nahimana, et l'ancien conseiller politique au ministère des affaires étrangères et membre du comité D'initiative de la RTLM, Jean-Bosco Barayagwiza.

Dans son entretien avec la délégation du TPIR, le ministre Mucyo a également soulevé le problème du recrutement du personnel rwandais au sein de la juridiction internationale, l'accès des détenus au réseau internet, la compensation des victimes du génocide, parmi D'autres questions.

Le ministre Mucyo a indiqué que le gouvernement rwandais poursuivra des contacts avec les responsables du TPIR, pour résoudre les problèmes qui se posent.

Le témoignage du huitième témoin de l'accusation se déroulait normalement mardi matin. Me Floyd a néanmoins déclaré faire objection à sa déposition, arguant qu'il s'agissait D'opinions discutables. "En tant qu'intellectuel, J'analyse et je vous dis ce que je sais", a répondu le témoin.

Désigné par les lettres "ABE" pour protéger son anonymat, le huitième témoin de l'accusation a indiqué avoir fait des études de statistique. Il serait actuellement directeur de projet au Rwanda.

AT/PHD/FH (ME_0227A)