21.02.2001 - TPIR/CYANGUGU - l'EX-PREFET AURAIT ENFERME LES TUTSIS DANS UN STADE AVANT LEUR MASSACRE

Arusha 21 février 2001 (FH) - l'ancien préfet de Cyangugu (sud ouest du Rwanda), Emmanuel Bagambiki, avait enfermé des Tutsis persécutés dans un stade avant leur mise à mort, a affirmé un témoin entendu mardi et mercredi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Désigné par les lettres "NL" pour protéger son anonymat, le vingt-quatrième témoin de l'accusation dans le procès de trois personnes poursuivies pour les crimes commis en préfecture de Cyangugu a affirmé que l'ancien préfet Bagambiki a ordonné aux Tutsis, qui avaient dans un premier temps pris refuge à la cathédrale catholique de la place, de se rendre au stade Kamarampaka où ils ont été enfermés.

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Des soldats leur ont interdit de quitter le stade, a dit le témoin.

l'ancien préfet Bagambiki est coaccusé avec l'ancien ministre des transports sous le gouvernement intérimaire, André Ntagerura, et l'ancien commandant de la garnison militaire de Cyangugu, le lieutenant Samuel Imanishimwe. Leur procès a commencé le 18 septembre 2000. Ils sont accusés D'entente en vue D'exterminer les Tutsis dans la préfecture de Cyangugu. Ils plaident non coupables.

Selon le témoin NL, Emmanuel Bagambiki est venu au stade en compagnie de Samuel Imanishimwe et D'autres leaders locaux et s'est adressé aux réfugiés. NL a ajouté que l'ancien préfet a lu une liste de noms et que les personnes citées sur cette liste "ont été enlevées".

l'ancien préfet aurait dit que "parmi les réfugiés, il y en avait certains qui avaient des radios avec lesquelles ils communiquaient avec les Inkotanyi [ex-rébellion à dominante tutsie] et que ceux-là étaient pris pour être interrogés", a dit le témoin.

"Mon nom a été cité sur cette liste, mais J'ai gardé le silence", a poursuivi NL. Il a ajouté qu'il a appris plus tard que 16 personnes avaient été enlevées du stade et transportées à la brigade de la gendarmerie, où elles ont été tuées.

Un autre témoin, le vingtième troisième de l'accusation, nommé NI pour sa protection, avait indiqué auparavant qu'Emmanuel Bagambiki s'était rendu au stade le 16 avril 1994 et avait lu une liste de 17 personnes, qui ont été enlevées. Cette jeune fille tutsie a déclaré à la Cour que son père a été tué pendant le génocide. Son témoignage s'est en grande partie déroulé à huis clos.

Le témoin NI a dit en outre que des personnes habillées à la manière des miliciens hutus de l'ex-parti présidentiel, les Interahamwe, l'ont fait sortir du stade en compagnie de quelques autres enfants, le 17 avril 1994. Le témoin a signalé qu'elle même, ainsi que les membres survivants de sa famille, ont par la suite fui vers le Zaïre en juillet 1994.

La défense a plaidé qu'au moment des faits, le témoin ne pouvait pas distinguer les Hutus des Tutsis et qu'il présumait que ceux qui avaient attaqué les réfugiés étaient des Hutus, parce qu'on lui avait inculqué cette idée depuis son enfance.

Le procès se déroule devant la troisième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge jamaïcain, George Williams, et comprenant en outre les juges russe, Yakov Ostrovsky, et slovène, Pavel Dolenc.

SW/AT/PHD/FH (CY_0220A)