Législatives au Kosovo: le "Che" et les commandants

Le Kosovo vote dimanche lors de législatives qui mettront aux prises la gauche nationaliste emmenée par le "Che" du Kosovo, l'ex-guérilla indépendantiste privée de ses principales figures ou encore la minorité serbe.

Voici quelques éléments sur les camps en présence et les Premiers ministres potentiels dans l'ancienne province de Belgrade qui a proclamé son indépendance en 2008.

- Les pourfendeurs de la corruption

Le parti nationaliste de gauche Vetëvendosje (VV) d'Albin Kurti, 45 ans, orateur redoutable et chantre de la lutte contre une corruption, est donné favori par sondages.

Particulièrement populaire chez les jeunes, Vetëvendosje, qui signifie "autodétermination", avait remporté les dernières législatives de 2019 mais d'un siège seulement. Le parti avait été contraint de s'unir avec la LDK de centre-droit, alliance de la carpe et du lapin qui avait volé en éclats au bout d'une cinquantaine de jours.

Durant son bref mandat de Premier ministre, Albin Kurti s'était attelé à la refonte du fonctionnement des entreprises publiques, à commencer par l'électricité et les télécoms, haut lieu selon les ONG de la corruption et du détournement de fonds publics.

L'ancien leader étudiant joue depuis longtemps le rôle de perturbateur, ce qui lui avait valu le surnom de "Che du Kosovo".

Il s'était fait un nom en organisant d'immenses manifestations contre la répression serbe dans les années 1990 et avait passé deux ans dans les geôles de l'ancien homme fort de Belgrade Slobodan Milosevic. Après la guerre (1998-99), c'est encore dans la rue qu'il proteste contre l'influence étrangère et le gouvernement.

Albin Kurti a été interdit de se présenter à cause d'une condamnation en 2018 à 18 mois de prison avec sursis pour des jets de gaz lacrymogènes au Parlement. Mais aux termes de la loi kosovare, le fait de ne pas être élu député ne l'empêcherait pas de devenir chef du gouvernement.

- Le sortant

La Ligue démocratique du Kosovo (LDK) du Premier ministre sortant Avdullah Hoti a perdu pour ce scrutin le soutien de la présidente par intérim Vjosa Osmani, professeure de droit de 38 ans, symbole pour beaucoup du combat contre le patriarcat, alliée cette fois avec Albin Kurti.

La LDK est le parti de l'ancien "père de la nation" Ibrahim Rugova vainqueur de toutes les élections de l'après-guerre, jusqu'à son décès en 2006.

Depuis lors, ce parti ne peut se targuer d'aucune victoire électorale mais il fait et défait les coalitions gouvernementales. Il a provoqué en mars la chute du gouvernement qu'il formait avec Albin Kurti en faisant voter une motion de censure, lui reprochant en particulier la détérioration des relations avec le grand allié du Kosovo, les Etats-Unis.

Avdullah Hoti, 45 ans, professeur d'économie et europhile convaincu et la LDK sont critiqués pour s'être alliés, après la rupture avec VV, à des éléments de la vieille garde dont les électeurs avaient voulu se débarrasser en 2019.

- Les ex-commandants et la justice internationale

Le Parti démocratique du Kosovo (PDK) créé par les anciens héros de la guerre contre les forces serbes, qui avait dominé la vie politique depuis l'indépendance en 2008, a perdu ses deux figures majeures inculpées pour crimes de guerre par un tribunal spécial à la Haye. L'ancien président Hashim Thaçi, ex-chef politique de l'UCK, la rébellion indépendantiste, ainsi que Kadri Veseli, chef du parti et ex-patron du renseignement des guérilleros, dorment depuis novembre en prison aux Pays-Bas.

Le parti est dirigé par l'ancien ministre des Affaires étrangères Enver Hoxhaj, 52 ans, toujours resté dans l'ombre des ex-commandants et qui aura fort à faire pour garder la main sur le sommet du pouvoir.

- La minorité serbe

Election dans l'élection, les quelque 120.000 Serbes du Kosovo désignent 10 députés sur 120. Force politique dominante dans la communauté, la Srpska Lista est accusée de prendre ses ordres à Belgrade, qui peut ainsi peser sur la vie politique kosovare. Les Serbes ont parfois joué le rôle de faiseur de roi, comme en 2017 avec le gouvernement de coalition formé par Ramush Haradinaj, autre ex-commandant, élu grâce à leurs voix.

Les autres minorités (Roms, Turcs, Bosniaques, Goranis) ont dix autres sièges.

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