Mort de l’ambassadeur d’Italie: paix introuvable dans l’Est de la RDC depuis 25 ans

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L’Est de la République démocratique du Congo (RDC), région riche en minerais où a été tué, lors d’une attaque lundi, l’ambassadeur d’Italie à Kinshasa, est le théâtre d’une paix introuvable et de violences quotidiennes qui touchent les civils depuis 25 ans.

Dans un rapport publié lundi, les experts du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) ont répertorié 122 groupes armés actifs en 2020 dans les quatre provinces orientales de RDC: le Nord et le Sud-Kivu, l’Ituri et le Tanganyika.

Dans les deux seules provinces du Kivu, le KST a enregistré « 2.127 civils tués » entre janvier 2019 à octobre 2020.

– Nord-Kivu –

L’ambassadeur italien Luca Attanasio est tombé lundi dans une embuscade au nord de Goma, près des fiefs de la rebellion hutue rwandaise des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des milices Nyatura de hutus congolais. Des membres du M23 (rébellion de Tutsis congolais qui avait pris Goma en 2012-13) sont également présents dans la zone.

Cette zone à haut potentiel touristique abrite le parc des Virunga, dont des rangers sont régulièrement victimes d’embuscades (200 depuis la création du parc en 1925, d’après sa direction).

Les FDLR, formées au début des années 2000 et dont certains fondateurs ont participé au génocide des Tutsis du Rwanda en 1994, ont été accusées de la mort d’une douzaine de rangers dans le parc des Virunga le 24 avril 2020.

C’est dans le « grand » Nord du Kivu, en territoire de Beni, que la violence est la plus forte. Dans ce territoire frontalier de l’Ouganda, les Forces démocratiques alliées (ADF) sont de loin le groupe armé le plus meurtrier dans tout l’Est.

Entre juillet et décembre 2020, des attaques attribuées aux ADF ont fait « 468 (…) tués dont 108 femmes et 15 enfants », selon un récent rapport du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’Homme.

– Sud-Kivu –

En 2020, des violences ont repris dans le territoire enclavé de Fizi, dans un conflit opposant des Congolais tutsi rwandophones, les Banyamulenge, à d’autres communautés locales(Babembe, Bafuliro et Banyindu).

Mi-juillet 2020, une attaque sanglante a visé Kipupu, un village enclavé, situé sur les hauts-plateaux de Fizi qui surplombent le lac Tanganyika, non loin du Burundi et du Rwanda. Le bilan diverge considérablement (18 à 220 morts) dans cette région difficilement accessible.

– Ituri –

Depuis décembre 2017, la région voisine de l’Ituri (Nord-Est) a renoué avec les violences, liées à un conflit sur le contrôle des terres et qui, d’après les Nations unies, s’apparentent à un « crime contre l’humanité ».

Une grande partie sont attribuées au groupe armé Coopérative pour le développement du Congo (Codeco), secte mystico-militaire qui prétend défendre les intérêts des Lendu, une communauté de l’Ituri.

Entre 1999 et 2003, un conflit entre milices des communautés Lendu et Hema, instrumentalisé par l’Ouganda voisin, a fait des dizaines de milliers de morts.

– Mission de l’ONU et paix introuvable –

Plus importante mission de paix dans le monde, la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) y est présente depuis 1999. Son mandat a été renouvelé en décembre pour un an par le Conseil de sécurité, avec une amorce prudente de désengagement sur plusieurs années, sans échéance de fin.

La Monusco, dont le budget annuel avoisine un milliard de dollars, compte actuellement environ 15.000 Casques bleus.

L’inefficacité d’une Brigade d’intervention rapide (FIB) de la Monusco dans la région de Beni est régulièrement dénoncée. Et des opérations conjointes entre l’armée congolaise et les Casques bleus sont au point mort.

Investi en janvier 2019, le président Tshisekedi s’est dit prêt « à mourir » pour la paix dans l’Est. Ses promesses d’y installer l’état-major de l’armée n’ont pas abouti, de même que ses tentatives d’une solution régionale avec des voisins qui se regardent avec méfiance (Ouganda, Rwanda, Burundi).