Nadia Murad, prix Nobel de la paix 2018 et ex-victime yazidie du groupe Etat islamique en Irak, a réclamé lundi au Conseil de sécurité de l'ONU de saisir la Cour pénale internationale du "génocide" commis contre sa communauté ou de créer un tribunal spécifique.
"Des tribunaux internationaux sont nécessaires pour s'attaquer à l'ampleur universelle des crimes du groupe Etat islamique (EI) contre l'humanité", a-t-elle plaidé lors d'une visioconférence du Conseil, en s'appuyant sur le dernier rapport du groupe d'enquêteurs onusiens créé en 2017 par cette instance.
"Nous vous demandons de renvoyer ce génocide" commis contre les Yazidis "à la Cour pénale internationale (CPI) ou de créer un tribunal par traité. Il est temps que la communauté internationale fasse plus. Il est temps d'agir", a-t-elle souligné.
"Le Conseil de sécurité doit maintenant établir ses priorités et accélérer la prise d'actions concrètes pour donner suite aux conclusions" établies dans le dernier rapport de Karim Asad Ahmad Khan et de son équipe d'enquêteurs, a insisté la jeune femme. "Les preuves recueillies par M. Khan et son équipe ont confirmé la conclusion (que) les crimes de l'EI contre les Yazidis constituent un génocide", a-t-elle précisé.
Dans son rapport rendu public lundi, le Britannique Karim Asad Ahmad Khan qui prendra en juin ses nouvelles fonctions de procureur de la CPI, indique que deux dossiers ont été clôturés, portant sur des attaques en août 2014 contre les Yazidis dans la région du Sinjar et sur la mort en juin 2014 de recrues militaires irakiennes dans la région de Tikrit.
Dans le passé, il avait lui aussi appelé à des procès semblables à celui des dirigeants nazis à Nuremberg.
"Une nouvelle enquête ouverte sur la mise au point et l'utilisation d'armes chimiques et biologiques par l'EI en Irak s'est développée rapidement", précise par ailleurs son rapport. "Grâce à la collecte d'un large éventail de preuves, l'équipe a confirmé le déploiement répété d'armes chimiques par l'EI contre les populations civiles en Irak entre 2014 et 2016, ainsi que des essais d'agents biologiques sur des prisonniers", indique le document.
L'équipe d'enquêteurs de l'ONU travaille aussi sur des crimes présumés contre les communautés chiite, chrétienne, kaka'i, shabak, sunnite et turkmène en Irak.
L'EI, vaincu en Irak fin 2017, a laissé derrière lui plus de 200 charniers qui pourraient renfermer jusqu'à 12.000 corps, selon l'ONU.
