Karadzic, le psychiatre devenu artisan de la purification ethnique en Bosnie

Radovan Karadzic a été psychiatre, poète, président, guérisseur, mais restera dans l'Histoire comme l'un des artisans des pires atrocités en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, en particulier le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica, en Bosnie.

Le Royaume-Uni a accepté mercredi le transfert sur son sol de l'ex-chef politique des Serbes de Bosnie, condamné définitivement en 2019 à la Haye à la prison à vie pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, afin qu'il y purge sa peine.

Le Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) l'a jugé responsable de persécutions, meurtres, viols, traitements inhumains ou transferts forcés pendant la guerre intercommunautaire de Bosnie (1992-95), notamment lors du siège de Sarajevo qui avait fait plus de 10.000 morts.

Aujourd'hui âgé de 75 ans, Karadzic vit depuis 2009 derrière les barreaux du quartier pénitentiaire des Nations unies, à La Haye. La date de son départ pour le Royaume-Uni n'est pas connue à ce stade.

Après 13 ans de cavale, il a été arrêté en juillet 2008 dans un bus de la banlieue de Belgrade. Karadzic est alors méconnaissable: barbe blanche fournie et cheveux longs, il se fait appeler Dragan Dabic et se présente comme un spécialiste en médecine alternative.

- "Un bon nazi" -

Monstre mégalomaniaque pour les Croates catholiques et les Bosniaques musulmans qui le rendent responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes, Karadzic reste en revanche un "héros" pour de nombreux Serbes orthodoxes.

Mardi encore, le dirigeant politique des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, se vantait lors d'un débat parlementaire de l'avoir défendu devant des juges du TPIY, en témoignant en sa faveur.

Richard Holbrooke, défunt architecte de l'accord de paix de Dayton (États-Unis) qui a mis fin à la guerre en Bosnie, le décrivait comme "un des pires" hommes qui puisse être. "Il croyait vraiment aux théories racistes (...) Il aurait fait un bon nazi", avait déclaré le diplomate américain.

Né le 19 juin 1945 à Petnjica, village pauvre du Monténégro, Karadzic avait cinq ans lorsqu'il rencontre pour la première fois son père: celui-ci avait été emprisonné par le pouvoir communiste yougoslave pour avoir été membre des Tchetniks, mouvement royaliste serbe, qui s'est rendu coupable d'atrocités pendant la Seconde guerre mondiale.

À 15 ans, il arrive à Sarajevo où il entame des études de médecine en 1964, puis se spécialise en psychiatrie. Poète à ses heures, il écrit des pièces de théâtre et joue de la musique folklorique serbe.

Au cours de son procès en première instance, en 2012, il déclarait aux juges: "J'ai fait tout ce qui était humainement possible pour éviter la guerre et réduire la souffrance humaine".

Mais selon l'accusation, il avait demandé en 1995 de créer à Srebrenica "une situation insupportable, avec aucun espoir de survivre" pour les habitants bosniaques.

En juillet 1995, les forces serbes de Bosnie y ont tué quelque 8.000 hommes et adolescents musulmans, un crime considéré par la justice internationale comme un acte de génocide.

- Clandestinité -

En plein regain des nationalismes dans les Balkans, Karadzic avait fondé au début des années 1990 son Parti démocratique serbe (SDS), aujourd'hui encore une des principales formations en Bosnie.

Son projet de partition de la Bosnie s'accélère quand les Serbes boycottent le référendum sur l'indépendance de mars 1992. Après ce scrutin, les forces serbes de Bosnie lancent leurs opérations militaires et se livrent alors à une campagne de nettoyage ethnique.

Un des fondateurs de la République des Serbes de Bosnie (Republika Srpska), Karadzic est accusé d'avoir orchestré cette campagne.

Plus d'un million de non Serbes sont expulsés de leurs maisons. Le conflit fait au total près de 100.000 morts, dont deux-tiers de Bosniaques musulmans et un quart de Serbes, selon le "livre bosnien des morts", élaboré par un centre de recherches indépendant à Sarajevo. Plus de 20.000 femmes ont été violées.

Karadzic a quitté ses fonctions de président de la Republika Srpska en 1996, sous la pression de la communauté internationale.

Il entre vite en clandestinité. Les rumeurs le disent caché dans des monastères orthodoxes de la région. Personne ne s'attendait à ce qu'un des fugitifs les plus recherchés de la planète, vive au coeur de la capitale serbe où il travaillait comme guérisseur.

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