Seize personnes "dont quatre mineurs" ont été abattues dans une vallée péruvienne reculée de culture de coca, selon un nouveau bilan mardi des forces armées, attribuant ces meurtres à des combattants isolés de la guérilla maoïste du Sentier lumineux.
Le chef de la police antiterroriste Oscar Arriola avait annoncé 18 décès lundi à la télévision mais les forces armées ont précisé mardi dans un communique que le bilan s'élevait à 16 morts dont "quatre mineurs".
Les corps des victimes tuées dimanche dans le village de San Miguel del Ene, dans la vallée des fleuves Apurimac, Ene et Mantaro (centre-sud), principal secteur de production de la coca au Pérou, ont été transférés dans la ville de Pichari, dans la région de Cusco, pour pratiquer des autopsies, est-il ajouté.
Dans cette région opère encore, selon le gouvernement, le Sentier lumineux, guérilla maoïste qui a combattu l'armée péruvienne entre 1980 et 2000, causant des milliers de victimes.
"Ces faits nous rappellent l'époque de barbarie et de terreur qu'a vécue le pays pendant plus de vingt ans", s'est inquiété l'archevêque Miguel Cabrejos, président du Conseil épiscopal d'Amérique latine.
"Des tracts ont été trouvés sur le site, exhortant la population à ne pas participer au processus électoral de 2021", avait indiqué dimanche l'armée dans un premier communiqué, attribuant l'attaque à une colonne du Sentier lumineux dirigée par Victor Quispe Palomino, dit "Camarade José".
- Combattants éparpillés -
Si la quasi-totalité des dirigeants de la guérilla maoïste sont désormais sous les verrous, il reste quelques combattants éparpillés dans des zones forestières et montagneuses isolées. Les autorités estiment leur nombre à 350 et les accusent de coopérer avec les trafiquants de drogue.
Le président intérimaire péruvien Francisco Sagasti a "fermement" condamné ces meurtres et ordonné "le déploiement de patrouilles" militaires et policières dans la zone "pour que cette action terroriste ne reste pas impunie".
Le parquet a chargé une unité spécialisée dans le terrorisme d'enquêter sur ces meurtres. La ministre de la Défense, Nuria Esparch, a promis qu'ils "ne resteraient pas impunis".
Cette tuerie pourrait faire monter les tensions dans la campagne polarisée du second tour de la présidentielle du 6 juin. La candidate populiste de droite Keiko Fujimori accuse son rival de gauche radicale Pedro Castillo d'être lié à l'aile politique du Sentier lumineux, ce qu'il nie farouchement.
M. Castillo s'est empressé de dénoncer sur Twitter "cet acte terroriste", Mme Fujimori fustigeant des "actes sanglants".
En 2003, la commission Vérité et Réconciliation (CVR) a chiffré à quelque 70.000 les morts ou disparus durant les 20 ans de conflit (1980-2000) entre l'armée et les guérillas du Sentier lumineux et du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA, guévariste).
Selon la CVR, le Sentier lumineux est responsable de 54% des victimes de ce conflit interne. Parmi ses actions les plus sanglantes, l'assassinat en 1984 de 117 paysans de Soras, dans la région d'Ayacucho (Sud), pour avoir refusé de soutenir le mouvement.
Le Pérou est un des premiers producteurs de coca et de cocaïne au monde avec la Colombie et la Bolivie.
