Ancien conseiller du Premier ministre britannique Boris Johnson, le redouté Dominic Cummings a qualifié mercredi de "désastreuse" la gestion du début de la pandémie de coronavirus par le gouvernement, lors d'une audition parlementaire qui s'annonce ravageuse pour Downing Street.
Entamant une session prévue pour durer jusqu'à quatre heures, le stratège politique de 49 ans a tenu à dire au familles des victimes de la pandémie à quel point il est "désolé pour toutes les erreurs qui ont été faites".
"La vérité est que les ministres, hauts responsables et conseillers comme moi n'avons pas été à la hauteur, de manière désastreuse, de ce que le public attend de son gouvernement lors d'une crise comme cela", a-t-il déclaré face à une commission parlementaire, détaillant les premières semaines suivant l'apparition de la maladie en Chine puis au Royaume-Uni.
Six mois après son départ sur fond de luttes internes, le cerveau de la campagne victorieuse pour le Brexit en 2016 et architecte de l'éclatante victoire de Boris Johnson aux législatives de décembre 2019, se montre désormais impitoyable pour le chef du gouvernement.
Il doit s'exprimer sur un éventail de sujets: confinements successifs, politique aux frontières, clarté des messages adressés au public...
Autant de thèmes potentiellement délicats pour Boris Johnson, qui, maintes fois critiqué pour ses atermoiements, surfe sur le succès de la campagne de vaccination. En à peine six mois, elle a permis d'administrer une première dose à plus de 72% des adultes dans le pays le plus durement frappé par la pandémie en Europe, avec près de 128.000 morts.
Malgré les récentes affaires mettant en cause sa probité, les conservateurs de Boris Johnson sont ressortis renforcés des élections locales début mai.
- "Document historique" -
A coups de billet de blogs et de séries de dizaines de tweets, Dominic Cummings a donné récemment un avant-goût de la charge qu'il s'apprête à lancer.
Selon l'ancien conseiller, le Royaume-Uni aurait pu éviter les trois confinements si le pays avait eu les "bons préparatifs et des responsables compétents". Pour étayer ses dires, il a promis de produire un "document historique crucial".
Selon lui, au début de la pandémie, le gouvernement britannique visait "l'immunité collective", stratégie consistant à laisser le virus se propager pour qu'une majeure partie de la population développe une résistance après avoir contracté la maladie.
Cette approche n'a été abandonnée que début mars 2020, une fois Downing Street averti qu'elle conduirait à la "catastrophe". Les démentis du ministre de la Santé Matt Hancock à ce sujet sont des "conneries", a ajouté M. Cummings.
Parmi les questions attendues, celle de savoir si Boris Johnson a, comme l'affirment les médias britanniques malgré ses dénégations, dit qu'il préférait voir les corps "s'accumuler par milliers" plutôt que d'ordonner un troisième confinement.
Boris Johnson aurait selon la presse prononcé cette phrase après s'être résolu, tardivement, à décréter un deuxième confinement à l'automne dernier face à une hausse des contaminations.
Mais face à une flambée peu de temps après, due à l'émergence du variant plus contagieux apparu dans le Kent (sud de l'Angleterre), un troisième confinement sera ordonné début janvier, avant d'être levé progressivement au printemps.
- "Révisionnisme" -
A l'approche de la date de l'audition, le Times a cité un "ami" de l'ex-conseiller affirmant que celui-ci veut sa "revanche" et ne lâchera prise que lorsque Boris Johnson finira par être contraint de quitter le pouvoir.
Quelles que soient les bombes que l'ancien conseiller s'apprête à lâcher sur son ancien patron, reste à savoir quel crédit les Britanniques lui accorderont. Car selon un sondage YouGov publié samedi dans le Times, seuls 14% des électeurs lui font confiance pour dire la vérité, contre 38% pour le Premier ministre.
Pour nombre d'entre eux, le nom de Dominic Cummings est irrémédiablement associé au scandale de son déplacement en plein confinement pour se rendre chez sa famille dans le nord de l'Angleterre, craignant d'être atteint par le coronavirus, pour faire garder son fils de quatre ans.
Pour s'expliquer, il avait donné une conférence de presse dans le jardin aux roses de Downing Street et Boris Johnson avait pris sa défense, laissant apparaître au grand jour le poids considérable pris par le controversé conseiller.
