LE PARQUET DU TPIR DEMANDE LA TENUE D'AU MOINS DEUX PROCES AU RWANDA

Arusha, 11 juin 2002 (FH) - Le parquet a demandé la tenue à Kigali d'au moins deux procès de personnes détenues par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a appris mardi l'agence Hirondelle.

Dans des requêtes adressées à la présidente du TPIR, la juge sud-africaine Navanethem Pillay, le 3 et le 5 juin derniers, le parquet sollicite que l'abbé Athanase Seromba et l'ex-encadreur de la jeunesse à Butare (sud du Rwanda), Joseph Nzabirinda, soient jugés au Rwanda.

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Le parquet affirme que la tenue de procès au Rwanda serait "dans l'intérêt de la justice". L'accusation explique notamment que cela " facilitera l'audition de témoins résidant au Rwanda" et permettra "de réduire le temps que des témoins passent en dehors de leurs foyers, et par-là renforcera la protection des témoins".

La requête ajoute que l'organisation de procès au Rwanda créera une atmosphère moins étrangère et plus accueillante pour les témoins et participera de la réconciliation au Rwanda. Réagissant à cette requête, plusieurs détenus du TPIR ont demandé à la juge Pillay de la rejeter. "Il est évident que céder à un tel chantage et à une ingérence aussi caractérisée dans l'action judiciaire du TPIR, c'est compromettre l'indépendance du Tribunal international ainsi que sa capacité
à s'acquitter de sa mission de rendre une justice équitable et impartiale", écrivent les détenus dans une lettre datée du 10 juin.

Dans une lettre séparée, l'abbé Seromba regrette d'abord qu'une telle demande intervienne alors que le procureur sait pertinement qu'il ne dispose pas d'avocat commis d'office qui pourrait l'aider à répliquer aux arguments juridiques développés dans la requête. Le prélat rappelle qu'il s'était spontanément rendu au TPIR avec l'espoir de bénéficier d'une justice équitable et impartiale en vue de prouver son innocence : "la requête du procureur détruit complètement cet espoir et je la trouve sans fondement dans tous ses arguments".

L'abbé Seromba affirme que la requête du procureur ne répond pas à l'intérêt de la justice :"sachant qu'il lui sera difficile de prouver le fondement des accusations portées contre moi, il tente désespérément de porter mon jugement au Rwanda, là où il trouvera facilement les faux témoins. En outre, mes témoins à décharge seront intimidés avec le concours du gouvernement rwandais caché derrière les deux associations [de rescapés] AVEGA et IBUKA".

"C'est pourquoi, les manoeuvres du procureur de vouloir me faire juger au Rwanda ne visent que l'objectif de m'empêcher de me défendre librement pour que soit connue la vérité sur ce qui s'est passé à [l'église de] Nyange Comment alors le procureur ose-t-il parler de l'intérêt de la justice alors que dans de telles circonstances, elle sera forcément partiale ?", interroge l'accusé.

Selon Athanase Seromba, "les arguments développés par le procureur dans sa requête découlent tous du refus des associations Avega et Ibuka de poursuivre leur collaboration avec l'accusation en envoyant les témoins à Arusha. L'une des conditions posées par ces associations pour reprendre cette collaboration était de transférer les procès à Kigali […] En autorisant la Chambre à siéger au Rwanda, l'indépendance de la juridiction sera mise en péril. Les pressions du gouvernement et des associations précitées vont s'accentuer et il sera difficile, sinon impossible au TPIR de sortir de ce cercle vicieux dans lequel il se sera enfermé et qui va annihiler son indépendance", conclut l'abbé Seromba.

AT/GF/FH(RW-0611A)