Le sort contrasté de dirigeants chassés par l’armée

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Condamnés à la prison, exilés… Retour sur le sort de dirigeants renversés par l’armée ces dernières années, alors que l’ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a comparu mardi devant un tribunal.

Renversée par un putsch militaire le 1er février et assignée à résidence, l’ancienne cheffe de facto du gouvernement birman, jugée notamment pour sédition, encourt de longues années de prison si elle est reconnue coupable.

– « IBK » –

Elu en 2013 à la présidence du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta dit « IBK » est renversé 18 août 2020 par un groupe de colonels après des mois de manifestations antigouvernementales, l’accusant de corruption et d’impuissance face à l’insécurité.

Détenu par la junte pendant plus de deux semaines, « IBK », 75 ans, est autorisé à quitter le Mali le 5 septembre pour recevoir des soins aux Emirats arabes unis.

De retour fin octobre à Bamako, l’ex-président réside depuis lors dans sa villa avec sa famille, selon le nouveau pouvoir, qui se refuse à indiquer clairement s’il est libre ou non de ses mouvements.

– Dans les griffes de la justice –

Le Soudanais Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans, est destitué et arrêté par l’armée en avril 2019 sous la pression d’une révolte populaire ayant fait plus de 250 morts.

Détenu à la prison de Kober à Khartoum, l’ex-dictateur a déja été condamné à deux ans de prison pour « corruption ».

Un autre procès, pour répondre du coup d’Etat qui l’a porté au pouvoir en 1989, s’est ouvert en juillet 2020, mais a été reporté à plusieurs reprises. Il encourt la peine de mort.

L’autocrate est également recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes contre l’humanité » et « génocide » au Darfour (ouest), région déchirée par un conflit meurtrier depuis près de deux décennies.

– En fuite –

L’armée thaïlandaise a pris le pouvoir le 22 mai 2014, après des mois de manifestations contre le gouvernement élu de Yingluck Shinawatra, soeur cadette de Thaksin Shinawatra, lui-même chassé par un coup d’Etat en 2006 et exilé à Dubaï.

Accusée de « négligence » dans un programme de subventions accordées aux riziculteurs, Yingluck, 50 ans, a fui le pays en août 2017 alors qu’elle devait se présenter devant la Cour suprême pour entendre le verdict de son procès. Elle a été condamnée par contumace à cinq ans de prison.

En 2019, un magazine serbe a publié une image d’un document gouvernemental selon lequel Yingluck avait « obtenu la citoyenneté serbe ».

– Mort en plein procès –

Au pouvoir depuis un an, le premier président démocratiquement élu en Egypte Mohamed Morsi est destitué par l’armée et arrêté le 3 juillet 2013, à la faveur de manifestations massives réclamant son départ.

Agé de 67 ans, il meurt en juin 2019, après s’être effondré pendant son procès dans un tribunal du Caire.

En 2019, des experts de l’ONU ont qualifié de « brutales » les conditions de détention de l’ancien président islamiste, estimant que sa mort « pourrait s’apparenter à un assassinat arbitraire ».

– Obsèques nationales –

Au pouvoir depuis 2002, le président malien Amadou Toumani Touré, dit ATT, est renversé le 22 mars 2012 par des militaires l’accusant d' »incompétence » dans la lutte contre des groupes islamistes et la rébellion touareg dans le nord du Mali.

Exilé avec sa famille au Sénégal, ATT est autorisé en 2017 à rentrer, mais ce n’est que fin 2019 qu’il se réinstalle pour de bon au Mali.

Décédé à l’âge de 72 ans dans la nuit du 9 au 10 novembre 2020 en Turquie, où il s’était rendu pour raisons médicales, il a été inhumé à Bamako, après des obsèques nationales.