Telenor plie bagage en Birmanie à cause du coup d'Etat

Conséquence du coup d'Etat militaire, le groupe norvégien de télécoms Telenor se désengage de Birmanie en vendant sa très rentable filiale, l'un des plus gros opérateurs du pays, à une entreprise soupçonnée de liens avec la junte.

Telenor Myanmar et ses quelque 18 millions d'abonnés dans la téléphonie mobile vont être cédés pour 105 millions de dollars à la compagnie financière libanaise M1 Group, a annoncé Telenor jeudi.

"La situation en Birmanie au cours des derniers mois est devenue de plus en plus difficile pour Telenor pour des raisons de sécurité des personnes, de réglementation et de conformité" aux règles, a expliqué le directeur général, Sigve Brekke.

"Nous avons évalué toutes les options et nous pensons qu'une vente de l'entreprise est la meilleure solution possible dans cette situation", a-t-il ajouté dans un communiqué.

La décision est douloureuse pour l'opérateur qui cède ainsi, à perte, un actif qui, selon la presse norvégienne, était devenu sa deuxième filiale la plus rentable au monde.

Cofondée par le milliardaire et ex-Premier ministre libanais Najib Azmi Mikati et son frère, M1 figure sur la liste noire établie par le mouvement Burma Campaign UK, qui recense les entreprises internationales impliquées dans des affaires avec les militaires birmans.

Selon un rapport de 2019 du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, la société détient des parts dans Irrawaddy Towers Asset Holding, une entreprise qui loue des tours télécoms à MEC, un opérateur de télécommunications détenu par l'armée.

"Dans la situation actuelle, il n'a pas été possible pour Telenor de mener un processus de vente ordinaire", a précisé le groupe norvégien.

Arguant de fraudes lors d'élections législatives largement remportées en novembre par son parti, l'armée birmane a évincé la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi le 1er février, lors d'un coup d'Etat qui a provoqué des manifestations durement réprimées.

Le putsch a aussi intensifié les tensions entre militaires et certains des nombreux groupes ethniques qui composent le pays, où les connexions internet et les flux de données ont par moment été très perturbés pour empêcher la contestation de s'organiser et la population de s'informer.

- Entreprises internationales sous pression -

Selon l'ONU, près de 900 personnes ont été tuées dans la répression et des milliers de personnes ont fui vers les pays voisins. Au moins 5.200 personnes ont été arbitrairement arrêtées.

Le rapporteur spécial de l'ONU, Tom Andrews, a accusé mercredi la junte de "crimes contre l'humanité".

Depuis le putsch, les entreprises internationales présentes en Birmanie sont sous pression d'ONG et de militants des droits de l'Homme qui les somment de se retirer d'un pays où l'armée contrôle une partie du tissu économique.

Implanté de longue date, le français TotalEnergies est encore sur place mais a pris une série de mesures: fin du projet de développement d'un nouveau gisement, arrêt des campagnes de forage et suspension des versements en provenance d'un gazoduc.

"Nous condamnons bien évidemment de la façon la plus ferme la violence et les abus des droits humains qui peuvent (survenir) au Myanmar", déclarait son PDG, Patrick Pouyanné, fin mai.

Mais "le monde n'est pas noir ou blanc" et "il y a un droit international qui n'est pas un droit émotionnel", avait-il fait valoir, pour expliquer notamment le versement de taxes et impôts dans ce pays.

En mai, Telenor avait totalement déprécié sa filiale birmane, ramenant sa valeur de 6,5 milliards de couronnes (650 millions d'euros) à zéro, du fait de la dégradation de la situation après le putsch militaire.

Des rumeurs d'une cession s'étaient propagées dans la presse la semaine dernière, obligeant le groupe norvégien à indiquer vendredi qu'il évaluait "diverses options".

"La poursuite de la détérioration de la situation et les récents développements en Birmanie sont à la base de la décision de céder l'entreprise", a-t-il souligné jeudi.

L'opération doit encore être approuvée par les autorités birmanes.

rma-phy/sr

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