Plier bagage à l'image du norvégien Telenor, interrompre temporairement des opérations ou maintenir son activité: les grandes entreprises étrangères réagissent en ordre dispersé depuis le coup d'Etat de la junte militaire le 1er février en Birmanie.
Plusieurs ONG ont appelé certains groupes à revoir leurs activités sur place, alors que la répression de la contestation par l'armée a fait près de 900 morts et contraint quelque 200.000 autres à fuir leur domicile, selon l'ONU, qui a accusé mercredi la junte de "crimes contre l'humanité".
Partir, un choix rare
Le groupe de télécoms Telenor a annoncé jeudi qu'il se désengageait de Birmanie en vendant sa très rentable filiale locale à une entreprise soupçonnée de liens avec la junte.
Telenor Myanmar, un des plus gros opérateurs du pays avec quelque 18 millions d'abonnés dans la téléphonie mobile, va être cédé à la compagnie financière libanaise M1 Group.
Une décision qui reste exceptionnelle chez les groupes étrangers implantés dans le pays.
Fin mars, le producteur français d'énergies renouvelables Voltalia, présent depuis 2018 en Birmanie avec 43 salariés, avait cependant déjà annoncé y "mettre fin à ses activités", en invoquant "la crise politique et humanitaire".
Suspendre des opérations
Impliqué dans un projet de barrage hydroélectrique, représentant un investissement évalué à 1,5 milliard de dollars, le géant français de l'énergie EDF a annoncé sa suspension. Ce projet, baptisé Shweli-3, était porté par un consortium comptant également le japonais Marubeni et le birman Ayeyar Hinthar.
Dans une lettre adressée à l'ONG Justice for Myanmar, EDF a mis en avant que "le respect des droits humains fondamentaux (...) constitue une condition préalable pour chaque projet auquel l'entreprise prend part".
Très vite après le coup d'Etat, le constructeur japonais Suzuki avait lui aussi mis à l'arrêt ses deux usines locales, qui ont produit 13.300 véhicules en 2019 principalement à destination du marché local. Suzuki, qui s'est implanté en Birmanie en 1998, avait toutefois rouvert ces deux sites quelques jours plus tard et prévoit d'en construire un troisième dans le pays.
Dans le secteur de l'habillement, pour lequel la Birmanie est un important fabricant, les groupes italien Benetton et suédois H&M ont suspendu toute nouvelle commande en provenance du pays. Le PDG de Benetton, Massimo Renon, avait expliqué vouloir ainsi "donner un signal fort et concret".
Dans l'énergie, le français TotalEnergies, implanté de longue date, est encore sur place mais a pris une série de mesures: fin du projet de développement d'un nouveau gisement, arrêt des campagnes de forage, et suspension des versements aux actionnaires d'un gazoduc, parmi lesquels figure une entreprise contrôlée par l'armée birmane.
"Nous condamnons bien évidemment de la façon la plus ferme la violence et les abus des droits humains qui peuvent (survenir) au Myanmar", déclarait son PDG, Patrick Pouyanné, fin mai. Mais "le monde n'est pas noir ou blanc" et "il y a un droit international qui n'est pas un droit émotionnel", avait-il fait valoir, pour expliquer notamment le versement de taxes et impôts dans ce pays.
Se maintenir
Accor, qui exploite neuf hôtels en Birmanie et en a une demi-douzaine d'autres en projet, avait indiqué fin mars n'avoir pas l'intention de quitter le pays ou de rompre avec son partenaire local, Max Myanmar Group. "Le tourisme est le dernier lien qui relie le peuple birman au monde", avait expliqué à l'AFP une porte-parole du groupe, qui compte un millier de collaborateurs sur place.
Le brasseur japonais Kirin a indiqué qu'il allait mettre un terme en urgence à ses relations d'affaires avec l'armée birmane, avec laquelle il exploite localement deux brasseries, dénonçant des agissements "contraires" à ses principes en matière de droits de l'Homme.
Le groupe a toutefois précisé qu'il n'avait pas l'intention pour l'heure de se retirer complètement de Birmanie, un marché qui représente environ 2% de ses ventes totales.
Dans le même secteur, le danois Carlsberg, qui emploie moins de 500 salariés sur place, a "réduit ses capacités" de production, sur fond de moindre consommation locale, sans prévoir de se retirer.
Le cigarettier britannique BAT a lui affirmé que ses investissements, activités et partenariats concernaient plus de 100.000 emplois locaux et s'est fixé pour "priorités" la sécurité et le bien-être de ses employés.
bur-mch-tsq/soe/els
EDF - ELECTRICITE DE FRANCE
CARLSBERG
TOTALENERGIES
ACCOR
KIRIN HOLDINGS
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BAT - BRITISH AMERICAN TOBACCO
HENNES & MAURITZ
SUZUKI MOTOR
TELENOR
