"On a fait mon procès sur Insta": un homme jugé pour l'agression d'un livreur noir

Trois ans de prison ont été requis jeudi contre un homme jugé pour l'agression d'un livreur noir puis des insultes racistes envers une riveraine fin mai à Cergy (Val-d'Oise), faits qui avaient déclenché une chasse à l'homme en ligne et hors ligne.

D'un tempérament bouillant, le cariste intérimaire de 23 ans comparaissait au tribunal de Pontoise pour violences, injures publiques à caractère raciste ainsi qu'apologie de crime contre l'humanité. Arrêté à Paris deux jours après, il est en détention provisoire depuis plus d'un mois et gardé à l'isolement pour sa sécurité.

"On a fait mon procès sur Insta' (Instagram), sur les réseaux, en détention, dehors...", s'agace d'emblée le prévenu, prompt à l'énervement, vêtu à cette audience survoltée d'un T-shirt de sport noir. "Là, aujourd'hui, c'est le vrai. Donc on se calme", réplique aussitôt le président.

Le 31 mai, vers 23H00, un livreur de la plateforme UberEats vient récupérer une commande au restaurant "Le Brasco" de Cergy. Devant l'établissement, Mourad D. attend une pizza qu'il a commandée. Le jeune homme s'énerve du volume sonore de l'enceinte transportée par le livreur sur son vélo.

"Le mec s'est présenté devant moi, il m'a dit d'éteindre la musique. J'ai baissé la musique et il me met un coup de poing", décrit d'une petite voix à la barre la victime.

Dans le box, le prévenu, né en Algérie d'un père français, reconnaît la violente agression mais dément tout caractère raciste.

Le tumulte provoqué par cette altercation alerte une voisine noire habitant au-dessus du Brasco. La femme interpelle Mourad D., qui déverse alors sur elle des tombereaux d'insultes racistes tandis qu'elle le filme avec son téléphone portable : "Espèce de négresse, espèce de sale noire (...) Pendant 800 ans, on vous a vendus comme du bétail".

Postées sur les réseaux sociaux, les vidéos propulsent l'affaire dans une nouvelle dimension.

En quelques heures, les réseaux sociaux s'emballent. Le nom et l'adresse du suspect sont jetés en pâture sur Internet. Une cagnotte en ligne est ouverte pour mettre sa tête à prix.

"On a appelé mon meilleur ami et on lui a proposé 2.000 euros pour qu'il dise où j'étais !", s'exclame Mourad D., que son avocat tente régulièrement de tempérer.

Sur Internet, le Brasco - qui n'a aucun lien avec les faits - est inondé de commentaires l'accusant de racisme. Croyant l'agresseur employé par le restaurant, une foule menaçante se rassemble devant. "Sors le mec, on va le cramer", y entend-t-on sur une vidéo diffusée au procès. La brasserie se retrouve fermée pour des raisons de sécurité.

La décision du tribunal sera connue ultérieurement.

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