Londres veut mettre fin aux poursuites liées au conflit nord-irlandais

Le gouvernement britannique a présenté mercredi au Parlement son projet controversé de mettre un terme à toutes les poursuites liées au conflit nord-irlandais, dénoncé de toutes parts comme une "amnistie" sur une question encore brûlante.

Déjà aux prises avec la délicate application des dispositions douanières post-Brexit en Irlande du Nord conclues pour préserver le processus de paix de 1998, le gouvernement de Boris Johnson fait face à une opposition unanime, des familles de victimes aux responsables politiques irlandais.

La police nord-irlandaise enquête sur "près de 1.200 affaires, ce qui n'est qu'une fraction des 3.500 décès" survenus pendant les trois décennies des "Troubles", a fait valoir le ministre de l'Irlande du Nord Brandon Lewis au Parlement, précisant que le gouvernement entendait entamer le processus législatif d'ici à l'automne.

"Il est de plus en plus difficile pour les tribunaux d'apporter aux familles les réponses qu'elles recherchent", a-t-il poursuivi, "si nous n'agissons pas maintenant", "nous condamnerons les générations actuelles et futures à de nouvelles divisions, empêchant la réconciliation".

Le conflit nord-irlandais a opposé pendant trois décennies meurtrières républicains catholiques, partisans de la réunification de l'Irlande, aux unionistes protestants, attachés au maintien de la province sous la couronne britannique.

L'abandon des poursuites concernerait à la fois les soldats britanniques et les groupes paramilitaires.

"Nous savons que la fin des poursuites sera difficile pour certains à accepter", a poursuivi Brandon Lewis, mais c'est "la meilleure solution pour aider l'Irlande du Nord à avancer sur la voie de la réconciliation".

Interrogé un peu plus tôt lors de la séance hebdomadaire de questions devant le Parlement, le Premier ministre a assuré qu'il s'agissait de permettre à l'Irlande du Nord "d'aller de l'avant" et de mettre un terme aux poursuites "vexatoires" contre les vétérans.

- "Action unilatérale" -

Devant le Parlement irlandais, le Premier ministre Micheal Martin a répété son opposition au texte britannique, annoncé de longue date.

"Je ne crois pas à une amnistie générale pour ceux qui ont commis des meurtres, qu'il s'agisse d'acteurs étatiques ou qu'ils soient impliqués dans des organisations terroristes ou illégales", a déclaré le chef du gouvernement irlandais à Dublin.

La présidente du Sinn Fein, parti républicain de gauche, Mary Lou McDonald's, a quant à elle dénoncé une "insulte aux victimes et aux familles" et "une action unilatérale du gouvernement britannique".

Devant le Parlement britannique, le député unioniste nord-irlandais Jim Shannon (DUP) a dénoncé une "amnistie pour les terroristes meurtriers".

"Il ne peut pas y avoir d'équivalence entre le soldat et l'officier de police qui ont servi notre pays et ces terroristes lâches qui se sont cachés derrière des masques et ont semé la terreur en se dissimulant dans l'ombre", a-t-il lancé, reprenant les termes du chef de son parti, Jeffrey Donaldson.

La responsable d'Amnesty International en Irlande du Nord, Grainne Teggart, a dénoncé le "mépris épouvantable" du gouvernement britannique envers les victimes, "leurs souffrances et leur droit à la vérité et à la justice".

La présentation de ce texte intervient alors que le conflit nord-irlandais refait régulièrement surface au gré de l'actualité judiciaire.

En mai, la justice a conclu que l'armée britannique avait fait un usage injustifié de la force face aux 10 personnes "entièrement innocentes" tombées en 1971 sous les balles des soldats lors du massacre de Ballymurphy, quartier de la capitale nord-irlandaise, Belfast.

Leurs familles ont dénoncé dans le projet du gouvernement "une tentative cynique d'introduire une amnistie et un plan pour enterrer ses crimes de guerre".

Il y a deux semaines encore, la justice nord-irlandaise a abandonné les poursuites contre deux anciens soldats accusés de trois meurtres en 1972 durant les "Troubles" en Irlande du Nord, notamment lors du massacre du "Bloody Sunday" à Londonderry.

Cette décision, qui avait provoqué la colère des familles des victimes, faisait suite à un réexamen des preuves mené après l'acquittement, en mai, par une cour de Belfast, de deux autres vétérans poursuivis pour le meurtre d'un membre de l'organisation paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA), en 1972.

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