Pérou: après sa défaite, Keiko Fujimori voit son futur s’assombrir

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Battue de quelques dizaines de milliers de voix au second tour de la présidentielle au Pérou, Keiko Fujimori, poursuivie pour corruption et blanchiment, voit se dérober son espoir d’immunité présidentielle et le spectre de la prison se rapprocher.

Son adversaire, le candidat de la gauche radicale, Pedro Castillo, a été proclamé lundi soir vainqueur de l’élection présidentielle, un mois et demi après le scrutin du deuxième tour du 6 juin. Peu avant, la candidate ultra-libérale s’était engagée à reconnaître les résultats.

Keiko Fujimori, 46 ans, est accusée de corruption dans une affaire de pots-de-vin présumés reçus de la société de BTP brésilienne Odebrecht pour ses campagnes électorales de 2011 et 2016, où elle avait déjà échoué à se faire élire au second tour.

Début mars, trente années de réclusion ont été requises contre la dirigeante de Fuerza popular, le parti crée par son père, l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), 82 ans, qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l’humanité.

« Elle va devoir évaluer si elle se retire » de la politique, a déclaré à l’AFP l’analyste politique Augusto Alvarez, chroniqueur au quotidien La República.

La date du procès de l’ancienne candidate, qui a déjà passé 16 mois en détention provisoire, devrait être connu dans les semaines qui viennent, ont fait savoir des sources judiciaires.

Outre Keiko Fujimori, son mari, de nationalité américaine, Mark Vito Villanella, est également soupçonné dans cette affaire où le géant brésilien du BTP a reconnu avoir versé des pots-de-vin à des dizaines de dirigeants latino-américains. Vingt-deux ans de prison ont été requis contre lui.

Le bureau du procureur a notamment obtenu fin 2019 l’aveu d’un ancien cadre d’Odebrecht, Luiz Eduardo da Rocha Soares, portant sur un dessous-de-table d’un million de dollars pour payer la campagne de Fuerza popular en 2011.

Au terme de 28 mois d’enquête, 41 autres personnes ont été inculpées pour des délits présumés de « crime organisé, blanchiment d’argent, entrave à la justice, fausse déclaration ».

– La fin du fujimorisme ? –

Le bureau du procureur a également demandé la dissolution de Fuerza popular qui a remporté début avril 24 sièges sur 130 au Parlement qui entrera en fonction le 28 juillet.

Si Keiko Fujimori est condamnée, le fujimorisme, ce mélange de populisme autoritaire, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique, risque gros alors que l’extrême droite a fait son entrée au Parlement comme troisième force politique du pays.

Avec la défaite à la présidentielle, « je crains que le fujimorisme ne se délite », souligne Augusto Alvarez.

Keiko Fujimori a passé presque la moitié de sa vie en politique. En 1994, à l’âge de 19 ans, la séparation de ses parents l’avait contrainte à devenir une sorte de Première dame de substitution.

Quand son père démissionne de la présidence en 2000 en plein scandale et se réfugie au Japon, elle reste au Pérou. Elle s’accroche, puis prend les rênes du parti Fuerza popular pour relancer le fujimorisme en 2006, à la demande de son père.

Elue députée, elle se taille une réputation belliqueuse et perd deux fois au second tour de la présidentielle.

En 2011, elle avait été nettement battue (51,4% contre 48,4%). Puis elle échoue de justesse en 2016 (50,12% contre 49,88%). Furieuse de ce coup du sort, elle avait vivement contesté, criant à la fraude, avant de reconnaître bien plus tard « une erreur ».

Cinq années plus tard elle n’était pas favorite lors d’un premier tour à 18 candidats le 11 avril. Pourtant elle est arrivée à rassembler autour de son nom pour arriver en seconde position.

Mère de deux adolescentes, formée aux Etats-Unis, elle a bénéficié de la popularité dans une partie du pays de son père.

Beaucoup de Péruviens reconnaissent à Alberto Fujimori, malgré les scandales, d’être venu à bout de la guérilla d’extrême gauche du Sentier lumineux (1980-2000) et de l’hyperinflation léguée par son prédécesseur.