Les chefs des partis politiques des Serbes de Bosnie ont annoncé lundi le boycott des institutions centrales de ce pays divisé pour protester contre la décision du Haut représentant international d'interdire le déni du génocide.
Ils contestent ainsi la décision du diplomate autrichien Valentin Inzko qui a imposé vendredi plusieurs amendements au Code pénal bosnien pour interdire le déni du génocide et des crimes de guerre dans ce pays où le massacre de Srebrenica est souvent minimisé par des dirigeants serbes.
Le Haut représentant de la communauté internationale, dont le rôle est de veiller au respect de l'accord de paix de Dayton (Etats-Unis), dispose des pouvoirs discrétionnaires lui permettant d'imposer des lois ou de limoger des élus.
Le recours à ces pouvoirs à une semaine avant la fin de son mandat, alors qu'il les avait plus utilisé depuis des années, a surpris et exaspéré les responsables politiques des Serbes de Bosnie.
"A partir de demain, les représentants politiques serbes ne participeront plus au travail des institutions communes de Bosnie-Herzégovine et ne prendront plus aucune décision, tant que cette question n'est pas réglée", a déclaré en conférence de presse Branislav Borenovic, un des chefs de l'opposition en Republika Srpska, entité des Serbes de Bosnie.
Il a précisé que la décision concernait la présidence collégiale, le Parlement et le gouvernement. Cela signifie pratiquement le blocage de ces institutions centrales.
Depuis la fin de la guerre inter-communautaire (1992-1995), la Bosnie est divisée en deux entités, une serbe et l'autre croato-musulmane.
Saluée comme "historique" par des responsables bosniaques (musulmans), la décision de Valentin Inzko avait été rejetée dès vendredi par les représentants politiques serbes. Le membre serbe de la présidence collégiale, Milorad Dodik, avait même évoqué le scénario d'une "dissolution" du pays.
Commis quelques mois avant la fin du conflit, le massacre de Srebrenica, dans lequel les forces serbes bosniennes ont tué environ 8.000 hommes et adolescents bosniaques musulmans, a été qualifié d'acte de génocide par la justice internationale.
Ces tensions interviennent à un moment délicat où le diplomate autrichien, qui est en poste depuis douze ans, doit passer la main, le 1er août, à l'Allemand Christian Schmidt, mais dont la nomination est contestée à l'ONU par la Russie et la Chine.
"Le Haut représentant qui arrive n'a pas la légitimité", a affirmé en conférence Milorad Dodik.
"Nous n'accepterons plus jamais une quelconque décision (...) du Haut représentant", a dit Mirko Sarovic, président du principal parti d'opposition serbe (SDS), en ajoutant que "les parlements" des entités et du pays "sont les seuls lieux de prise de décision".
