L'escalade des prix qui frappe le porte-monnaie des consommateurs américains a ralenti en juillet, mais la Maison Blanche s'inquiète désormais de la flambée continue des prix du pétrole, accusant l'Opep de menacer la reprise économique en maintenant des tarifs élevés.
Les prix ont augmenté de 0,5% en juillet par rapport à juin, une hausse moins forte que celle de juin par rapport à mai (0,9%), selon l'indice CPI publié mercredi par le département du Travail.
Ces données offrent une respiration, après quatre mois de forte hausse, qui a fait redouter une spirale inflationniste semblable à celle des années 70 et 80.
En excluant les prix volatils de l'alimentation et de l'énergie, le ralentissement enregistré le mois dernier est encore plus fort, à 0,3% contre 0,9%.
"L'inflation sous-jacente commence à montrer des signes de modération", souligne Diane Swonk, économiste pour Grant Thornton, dans une note.
Mais elle y voit aussi "l'émergence du variant Delta, qui pourrait freiner l'inflation en août" et "perturbe à la fois l'offre et la demande".
Par rapport à juillet 2020, l'inflation se stabilise, mais reste élevée, à 5,4%. L'effet défavorable de comparaison avec des prix en chute libre au printemps 2020, sous l'effet des mesures de confinement, se réduit en effet, puisque l'été dernier, les prix avaient recommencé à augmenter.
- Prix du pétrole -
Les regards se tournent désormais vers le pétrole, si précieux aux Etats-Unis où les consommateurs ont l'habitude de payer peu cher pour remplir le réservoir de leurs imposants pick-ups.
Les prix du pétrole ont bondi de 41,2% par rapport à juillet 2020, et de 2,3% par rapport à juin.
La Maison Blanche a pointé du doigt l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (Opep+).
"La hausse des coûts de l'essence, si elle n'est pas maîtrisée, risque de nuire à la reprise mondiale en cours", selon le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan.
"Bien que nous ne soyons pas membres de l'Opep, les Etats-Unis s'adresseront toujours à leurs partenaires internationaux pour les questions importantes qui touchent à nos affaires économiques et à la sécurité nationale", affirme-t-il ainsi mercredi, dans une déclaration obtenue par l'AFP.
"Il y a un déficit d'approvisionnement à l'échelle mondiale qui a soutenu les prix (...) à la hausse. L'Opep doit faire davantage pour mettre plus de pétrole sur le marché, mais ils ne sont évidemment pas pressés de le faire", a commenté John Kilduff, analyste pour Again Capital.
- Niveau "élevé et stable" -
Autre catégorie en forte hausse sur un an, les voitures d'occasion qui bondissent de 41,7%. Mais sur un mois, elles enregistrent une hausse modeste (+0,2%), après avoir connu en juin une progression record (+10,5%).
Car la demande était forte, entre les particuliers qui ont profité de la crise pour s'éloigner des centres-villes, et les loueurs de voitures qui avaient besoin de reconstituer leur flotte. D'autant plus que la production de véhicules neufs est fortement ralentie par la pénurie de semi-conducteurs.
L'inflation devrait rester à un niveau "élevé et stable, car les déséquilibres entre l'offre et la demande ne seront résolus que progressivement", anticipent ainsi Kathy Bostjancic et Gregory Daco, économistes pour Oxford Economics, qui pensent cependant que "le mois de juin a marqué le pic du taux d'inflation annuel".
Les goulets d'étranglement qui perturbent la chaîne mondiale d'approvisionnement devraient en effet mettre de longs mois à se résorber.
A cela s'ajoutent les difficultés que rencontrent les employeurs à recruter, notamment pour les plus bas salaires, et qui les poussent à augmenter les salaires pour attirer les candidats.
L'inflation devrait ralentir en 2022, selon la Banque centrale américaine (Fed) et le FMI, mais des risques existent qu'elle soit plus forte et durable que prévu, ont-ils récemment averti.
Et le colossal projet de rénovation des infrastructures porté par Joe Biden, et qui a passé mardi la première étape de son adoption au Congrès, alimente les craintes d'une hausse des prix durables, un risque que l'administration Biden conteste.
Pour la première fois depuis des mois, l'indice PCE, une autre mesure de l'inflation, était resté stable en juin par rapport à mai, à 4% sur un an et 0,5% sur un mois.
