L'ancien président colombien Alvaro Uribe a réfuté toute responsabilité pour les milliers de civils tués par l'armée dans la lutte contre la guérilla des Farc en Colombie, en témoignant lundi devant la Commission de la vérité mise en place à l'issue des accords de paix de 2016.
"La faute n'incombe jamais à ceux qui exigent des résultats dans la transparence", a déclaré l'ancien président (2002-2010) entendu par les membres de cet organe extrajudiciaire qui enquête sur le conflit d'un demi-siècle avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).
Quelque 6.400 personnes ont été exécutées par l'armée et présentées comme des guérilleros tués au combat, selon la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), le tribunal mis en place après les accord de paix.
Les anciens présidents sont exemptés de l'obligation de répondre devant le JEP, qui peut infliger des peines allant jusqu'à 20 ans.
"Certains incapables ont cru que commettre des crimes c'était produire des résultats", a déclaré M. Uribe lors du recueil de son témoignage dans sa résidence du département d'Antioquia (nord-ouest).
En juin, son ancien ministre de la Défense et successeur à la présidence, Juan Manuel Santos, a admis devant la Commission que ces crimes avaient été commis en raison des "pressions" exercées par le gouvernement pour obtenir des résultats dans la lutte contre ce qui était autrefois la plus puissante insurrection du continent.
Plusieurs membres de l'armée ont admis devant la JEP leur participation au meurtre de civils en échange de jours de congé, de voyages ou autres avantages.
Le tribunal propose des peines alternatives à la prison pour ceux qui acceptent leur responsabilité et apportent réparation aux victimes.
Selon M. Uribe, "les militaires sont obligés de reconnaître des crimes qu'ils n'ont pas commis afin de protéger leur liberté" dans cette juridiction.
Le principal dirigeant de la guérilla des Farc, devenue parti politique, Rodrigo Londoño, a estimé sur Twitter que le témoignage de M. Uribe "n'a pas apporté de contribution effective à la vérité".
