La Centrafrique a reconnu vendredi une partie des accusations formulées en mars par l'ONU notamment sur des crimes et actes de torture, commis "majoritairement" par des rebelles mais aussi des soldats centrafricains et leurs alliés "instructeurs russes".
Les forces centrafricaines, épaulées notamment par des centaines de paramilitaires russes de la société privée de sécurité russe Wagner, selon l'ONU et la France, mènent depuis décembre 2020 une vaste contre-offensive contre des groupes rebelles.
Un groupe d'experts de l'ONU s'était inquiété en mars de "graves violations des droits humains" commises par des rebelles, des forces de sécurités centrafricaines et leurs alliés russes.
"Les responsables de ces incidents sont répartis en trois catégories, outre les Casques bleus", a déclaré vendredi le ministre de la Justice Arnaud Djoubaye Abalene: les rebelles pour la majorité, les forces de sécurité et les "instructeurs russes".
Classé deuxième pays le moins développé au monde par l'ONU, la Centrafrique a plongé dans une sanglante guerre civile depuis 2013, qui a baissé d'intensité depuis 2018 - même si des pans entiers de territoires continuent d'échapper au pouvoir central de Bangui.
"Sur les incidents avérés, certains sont imputables aux instructeurs russes qui sont en appui des forces armées centrafricaines" dans la lutte contre les rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), selon le ministre de la Justice. La CPC est une alliance de groupes rebelles formée en décembre 2020 pour tenter de renverser le régime du chef de l'État Faustin Archange Touadéra.
Moscou ne reconnaît officiellement la présence que de 1.135 "instructeurs non armés" mais les ONG opérant sur le terrain, la France et l'ONU affirment qu'une partie d'entre eux sont des hommes du groupe privé russe Wagner, ce que dément Moscou.
Lors de la publication du rapport de l'ONU en mars, le gouvernement centrafricain avait considéré ces accusations comme de "simples dénonciations".
- poursuites judiciaires -
"Sur 103 incidents de violation des droits de l'Homme et du droit international humanitaire" relevés par les experts de l'ONU, "23 ne sont pas avérés", selon le ministre de la Justice.
Pour ceux qui sont imputables aux forces armées centrafricaines (FACA) et aux forces de sécurité intérieure, "ces cas font déjà l'objet de poursuites judiciaires" pour que leurs auteurs soient "traduits devant les juridictions".
"Certains sont imputables aux instructeurs russes qui opèrent en appui aux FACA" mais aussi aux "forces d'appui" telles que la Minusca (la mission de maintien de la paix de l'ONU) et autres contingents de militaires africains.
"Les États fournisseurs de ces troupes, une fois saisis, doivent organiser des audiences par leurs juridictions militaires", a poursuivi le ministre, évoquant le cas récent de soldats gabonais rapatriés par l'ONU après des soupçons d'abus sexuels.
"Il a été relevé que sur les 103 incidents, la majeure partie est imputable aux rebelles de la CPC", selon le ministre, qui a assuré que certains "seront jugés lors des prochaines sessions criminelles pour avoir perpétré toute une panoplie de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité".
Les Nations unies ont publié en août un rapport qui a enregistré, entre juillet 2020 et juin 2021, "526 cas de violations et d'abus des droits de l'homme et du droit international humanitaire à travers le pays", qui ont "fait au moins 1.221 victimes", dont 144 civils.
Parmi ces violations, l'ONU a recensé "des exécutions sommaires et extrajudiciaires, des actes de torture et de mauvais traitements, des arrestations et détentions arbitraires (...) des violences sexuelles liées au conflit et des violations graves aux droits de l'enfant". Pour l'ONU, la CPC était responsable de plus de la moitié des incidents recensés.
L'organisation avait également pointé du doigt la responsabilité des forces armées centrafricaines, ainsi que de leurs alliés, des "instructeurs militaires russes", qui sont "responsables de 46% des incidents confirmés".
"Toutes les parties au conflit continuent de commettre des atrocités", avait dénoncé Mankeur Ndiaye, chef de la Minusca.
Les forces gouvernementales ont réussi depuis le début de l'année à reprendre aux rebelles les agglomérations et une bonne partie des deux tiers du pays qu'ils contrôlaient depuis plusieurs années, essentiellement grâce au renfort de soldats rwandais et à la présence de centaines de paramilitaires russes combattant à leurs côtés.
