11.10.07 - RWANDA/CANADA - PROCÈS MUNYANEZA : ALISON DES FORGES CLÔT L'ACCUSATION

Montréal, 11 octobre (FH) – « Pour certains acteurs importants, cela aurait pu être embarrassant que soient identifiés les responsables de l'attentat contre l'avion du président Habyarimana », a déclaré mercredi Alison Des Forges, dernier témoin à comparaitre dans l'accusation du procès Munyaneza.
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  Invitée à témoigner en tant que « témoin de contexte », l'historienne américaine est revenue sur le flou qui entoure aujourd'hui encore l'assassinat de l'ancien président Rwandais, Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Mme Des Forges a déclaré à la Cour Supérieure du Québec que « beaucoup de monde » était intéressé à tuer le président. « Des motivations existaient de différents bords », a-t-elle ajouté.   L'ancienne professeur des universités américaines de Yale et de Berkeley a publié de nombreux ouvrages sur le génocide rwandais et s'est rendue dans la région des grands lacs près d'une trentaine de fois. Depuis 1994, Alison Des Forges travaille en tant que consultante pour l'ONG Human Rights Watch, « car j'avais des amis des deux côtés lors du génocide », a-t-elle expliqué au juge André Denis.   « Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, basé à Arusha en Tanzanie) aurait du approfondir la question "est-ce que, selon les experts du droit international, l'attentat contre l'avion du président Habyarimana constituait une violation du droit de la guerre?" », a expliqué Mme Des Forges.   Interrogée par la presse à sa sortie d'audience, l'historienne a dit regretter qu'aucune enquête n'ait été encore menée pour statuer sur ce point juridique. Mme Des Forges a également déploré que « l'enquête du juge Bruguière ne soit pas allée dans ce sens et ait pris, malheureusement, une tournure très politique ».   En novembre 2006 le juge français Jean-Louis Bruguière a accusé l'actuel président rwandais, Paul Kagame, d'avoir été l'ordonnateur de l'attentat du 6 avril 1994. Depuis l'émission de ce rapport, les relations diplomatiques entre Kigali et Paris sont rompues.   « Cela ne nous a pas aidé à en savoir davantage », a estimé Alison Des Forges, qui pense que « connaitre les responsables de l'assassinat du président Habyarimana permettrait qu'une atmosphère de réconciliation se crée au Rwanda. »   La spécialiste de l'histoire contemporaine des Grands lacs est le 29è témoin à avoir comparu devant la Cour Supérieur du Québec, depuis le début du procès de Désiré Munyaneza, un Rwandais de 41 ans réfugié au Canada sous une fausse identité et jugé depuis 6 mois pour sa participation présumée au génocide de 1994.   La défense de M. Munyaneza a vainement essayé de faire admettre à Mme Des Forges que l'Ouganda avait orchestré les manoeuvres du FPR, afin de réviser la nature du conflit, pour le faire évoluer de « conflit armé national » à «conflit armé international ».   Or, « si l'on regarde le droit international, le rôle de l'Ouganda n'est pas différent de celui joué par d'autres acteurs dans d'autres conflits au cours desquels des alliés aident les parties qui sont de leur bord ! Est-ce que les Ougandais ont initié le conflit ? Non, le RPF savait très bien vers où il voulait aller », a conclu Mme Des Forges.   L'audience doit reprendre en janvier, avec la preuve de la défense.   CS/PB/GF   © Agence Hirondelle