Inauguration d'un monument contesté pour les victimes serbes de Sarajevo

La maire de Sarajevo a inauguré lundi un monument à la mémoire des Serbes tués dans le siège de 1992 à 1995 par des membres de l'armée bosnienne, un ouvrage contesté pour manque d'information sur la nationalité des victimes et sur les auteurs des crimes.

Benjamina Karic, qui dirige la ville depuis avril, a déposé une gerbe de fleurs au pied d'une plaque en pierre blanche érigée près d'une fosse naturelle, appelée Kazani, sur les hauteurs dominant la ville, dans laquelle les cadavres avaient été jetés, a constaté l'AFP.

Cette femme politique de nouvelle génération, qui avait un an au début du siège de Sarajevo, a été accompagnée notamment par le Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie, l'Allemand Christian Schmidt, qui veille au respect de l'accord de paix en Bosnie. Elle n'a pas fait de déclaration à la presse.

Avec 10.000 morts, dont 1.500 enfants, le siège de la Sarajevo reste un des symboles des crimes commis par les forces serbes de Bosnie pendant le conflit intercommunautaire (1992-95).

Mais dans cette ville alors multi-ethnique, des civils serbes sont aussi tombés, victimes de crimes de guerre commis par des défenseurs dévoyés de la ville. Aucune estimation fiable du nombre de ces victimes n'existe, et les chiffres avancés vont de quelques dizaines à quelques centaines.

Les restes de 28 victimes, dont six femmes, ont été retrouvés après la guerre dans la fosse de Kazani.

Ces personnes ont été tuées en 1992 et 1993 par des membres de la 10e brigade de montagne l'armée bosnienne - qui avait été composée essentiellement de Bosniaques musulmans -, dirigée par Musan Topalovic, dit Caco, tué, lui, dans une opération des forces gouvernementales en octobre 1993.

La plaque inaugurée contient les noms de 17 victimes et une phrase: "Nous nous souviendrons à jamais, avec la tristesse et le respect, de nos concitoyens tués".

Si certains louent le "courage" de la maire, dans une ville aujourd'hui essentiellement bosniaque, d'autres dénoncent le monument, notamment des représentants serbes, mais aussi certains à Sarajevo, au sein même de la coalition au pouvoir.

"Les proportions de ce crime ont été beaucoup plus grandes (...) Nous estimons que quelque 150 Serbes ont tragiquement fini à Kazani", a déclaré Djordje Radanovic, président d'un Comité pour la protection des droits des Serbes.

Vildana Selimbegovic, rédactrice en chef du quotidien sarajévien Oslobodjenje, déplore le fait que ce monument permettra aux "futures générations d'interpréter comme elles veulent" les causes de la mort des victimes.

Allez savoir si ces gens "ont glissé seuls ou avec l'aide de quelqu'un, ou s'ils ont été frappés par la foudre", a-t-elle écrit, ironique, dans un éditorial, en ajoutant que les crimes de Kazani sont "la tache la plus noire sur la conscience de Sarajevo assiégée".

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