Cinq manifestants anti-putsch tués au Soudan coupé du monde

Cinq manifestants ont été tués par balles mercredi à Khartoum lors de nouvelles protestations rassemblant des milliers de Soudanais opposés au coup d'Etat militaire, malgré une répression qui a déjà fait 29 morts et la coupure désormais totale des communications.

Depuis le putsch il y a plus de trois semaines, les militants ont appris à mobiliser via SMS plutôt que sur les réseaux sociaux, mais depuis mercredi midi, ils ne peuvent même plus s'écrire sur leurs téléphones ou s'appeler.

Le 25 octobre, le général Abdel Fattah al-Burhane a rebattu les cartes d'une transition chancelante depuis des mois. Il a fait rafler la quasi-totalité des civils au sein du pouvoir et mis un point final à l'union sacrée entre civils et militaires qui avait renversé en 2019, sous la pression de la rue, le dictateur Omar el-Béchir.

Dans ce pays où plus de 250 manifestants avaient péri lors de cette révolte, 29 personnes ont été tués depuis le récent putsch, parmi lesquels trois adolescents.

"Aujourd'hui, la répression est féroce, il y a eu beaucoup de violence, des grenades lacrymogènes et assourdissantes en continu", a dit à l'AFP Soha, une manifestante de 42 ans.

"J'ai vu un blessé par balle derrière moi et il y a eu énormément d'arrestations" à Khartoum, a-t-elle ajouté.

- "Crimes contre l'humanité" -

Si la société civile peine encore à communiquer au monde le bilan des violences, un syndicat de médecins prodémocratie a pu annoncer sur Facebook en fin d'après-midi que trois nouvelles personnes avaient été tuées "par balles" à Khartoum, portant à cinq le nombre de morts pour la seule journée de mercredi, tandis que des dizaines d'autres ont été blessées par des tirs.

L'association des professionnels soudanais, l'un des principaux acteurs du soulèvement de 2019, a dénoncé d'"immondes crimes contre l'humanité", accusant les forces de sécurité d'"homicides volontaires".

La police, elle, assure ne pas ouvrir le feu et la télévision d'Etat a même annoncé l'ouverture d'une enquête sur la journée de manifestations de samedi, la plus meurtrière depuis le putsch avec huit morts, selon le syndicat de médecins.

A Khartoum, des centaines de manifestants étaient encore rassemblés en soirée, ont constaté des journalistes de l'AFP. Plus tôt, des défilés conspuant le général Burhane ont également eu lieu à Port-Soudan (est).

Alors qu'aucune solution politique ne semble en vue, Washington a multiplié les appels du pied.

Après les sanctions, Washington a annoncé être prêt à soutenir de nouveau le Soudan, si "l'armée remet le train (de la transition) sur les rails", a prévenu le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, lors d'une visite à Nairobi, au Kenya.

- Multiples arrestations -

Son émissaire à Khartoum ces derniers jours, la vice-secrétaire d'Etat pour les Affaires africaines, Molly Phee, a fait la navette entre le Premier ministre Abdallah Hamdok toujours en résidence surveillée et le général Burhane, pour tenter de relancer la transition démocratique au Soudan, sorti en 2019 d'une dictature militaire quasi-continue depuis l'indépendance en 1956.

Mais le chef de l'armée semble ne pas envisager de retour en arrière: il s'est récemment renommé à la tête de la plus haute institution de la transition, le Conseil de souveraineté. Et a reconduit tous ses membres militaires ou pro-armée, remplaçant uniquement quatre membres partisans d'un pouvoir entièrement civil par d'autres civils, apolitiques.

Pour tenter de venir à bout de la contestation, des centaines de militants, de passants ou de journalistes ont été arrêtés, à l'instar du chef du bureau d'Al Jazeera, Al-Moussalami al-Kabbachi, finalement relâché mardi.

Selon le syndicat de médecins, les forces de sécurité sont allées jusqu'à arrêter médecins et blessés dans des hôpitaux de la capitale.

Sur le plan politique, les militaires tardent à nommer les nouvelles autorités qu'ils promettaient depuis des jours de façon "imminente".

Mme Phee a plaidé pour le retour de M. Hamdok, dont les quelques ministres libres affirment être toujours l'unique cabinet "légitime", refusant de négocier avec les généraux depuis le 25 octobre.

Le général Burhane, lui, continue de promettre des élections en 2023 et assure n'avoir agi que pour "corriger la trajectoire de la révolution", comme il l'a redit mardi à Mme Phee.

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