Gambie: un rapport clé réclame des poursuites pour les crimes de l’ère Jammeh

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Un rapport clé remis jeudi au président gambien Adama Barrow réclame des poursuites contre les principaux responsables des crimes commis sous son prédécesseur, l’ex-dictateur Yahya Jammeh, au pouvoir entre 1996 et 2016, indique un communiqué de la commission auteure du rapport.

Parmi les 218 recommandations formulées par la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) figurent des « poursuites contre les personnes portant la plus grande responsabilité dans les violations des droits humains » commises à cette époque, affirme un communiqué distribué par la Commission, sans citer nommément M. Jammeh.

Le président Barrow a reçu jeudi ce rapport très attendu des mains du président de la TRRC, le Dr Lamin Sise, a constaté un correspondant de l’AFP. Le contenu n’en a pas été rendu public.

L’une des grandes interrogations porte sur les recommandations contenues dans ce document, à commencer par celle sur la nécessité ou non que l’ancien autocrate aujourd’hui en exil rende ou non des comptes.

« Je leur assure (aux victimes) que justice sera faite et je vous rassure tous quant au fait que dans six mois nous produirons un livre blanc » sur les recommandations, a indiqué M. Barrow au cours de la cérémonie.

M. Barrow dispose d’un délai d’un mois pour soumettre un résumé du rapport à l’Assemblée nationale et aux organisations internationales comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao), l’ONU. Il a six mois pour proposer un livre blanc sur la mise en oeuvre des recommandations, selon un responsable de la TRRC.

La remise de ce rapport hautement sensible, a fortiori dans un contexte de campagne présidentielle avant l’élection du 4 décembre, a été reportée à différentes reprises.

La question du rôle futur de M. Jammeh en Gambie est l’un des thèmes majeurs de la campagne.

– escadrons de la mort –

La TRRC, créée en 2017, a entendu de janvier 2019 à mai 2021 près de 400 témoins, victimes mais aussi d’anciens « junglers » (« broussards »), les membres des escadrons de la mort du régime, venus raconter au cours d’auditions publiques parfois bouleversantes les multiples atrocités commises sous Yahya Jammeh.

M. Barrow a fait savoir de longue date qu’il attendrait les recommandations de la TRRC pour éventuellement réclamer des poursuites contre son prédécesseur.

La TRRC avait qualifié dans un rapport intérimaire publié en avril 2020 les violations des droits humains sous Yahya Jammeh de « massives, effroyables et diverses », citant les tortures, exécutions extrajudiciaires, viols, disparitions forcées, arrestations et détentions arbitraires.

Après la présidentielle de fin 2016 remportée par M. Barrow et six semaines d’une crise à rebondissements provoquée par le refus de M. Jammeh de céder le pouvoir, ce dernier avait finalement dû quitter le pays pour la Guinée équatoriale, sous la pression d’une intervention militaire ouest-africaine et à la suite d’une ultime médiation guinéo-mauritanienne.

La Commission nationale des droits des droits de la Gambie a recommandé au gouvernement dans un communiqué publié mercredi d’établir et renforcer tous les institutions et mécanismes de responsabilisation nécessaires à la mise en oeuvre effective des recommandations de la TRRC.

Elle lui demande également de veiller à ce que « les victimes reçoivent des réparations appropriées et en temps opportun ».