L'expulsion de la Russie du principal forum de l'ONU de défense des droits de l'homme renforce l'institution et lance un puissant message: les pays coupables de violations ne peuvent pas en être membre, estiment plusieurs ONG.
L'Assemblée générale de l'ONU a voté à une large majorité jeudi pour empêcher la Russie de juger ses pairs au sein du Conseil des droits de l'homme, quand Moscou est accusé de crimes de guerre en Ukraine, depuis l'invasion du 24 février.
Dans la foulée de ce vote (93 voix contre 24, et 58 abstentions) la Russie, qui dément en bloc les accusations de crimes de guerre et juge "illégale" sa mise à l'écart, a annoncé qu'elle se retirait du Conseil, redevenant donc un simple observateur aux prérogatives réduites.
Le seul pays jamais suspendu avant la Russie était la Libye, en 2011.
- "Message très clair" -
"L'Assemblée générale a lancé un message très clair aux dirigeants russes: un gouvernement dont l'armée viole régulièrement et de façon affreuse les droits humains n'a rien à faire dans le Conseil des droits de l'homme de l'ONU", a salué la puissante ONG de défense des droits humains, Human Rights Watch.
"Ceci envoie un puissant message que le Conseil des droits de l'homme n'est pas un endroit pour les Etats qui commettent des violations massives des droits humains, y compris des actes qui constituent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité", a renchéri Phil Lynch, le directeur exécutif de l'ONG, International Service for Human Rights.
Dans un tweet, Volodymyr Zelensky, le président ukrainien s'est dit "reconnaissant de la solidarité des partenaires... maintenant forçons ensemble la Russie à faire la paix".
Le Conseil des droits de l'Homme, né en 2006 pour remplacer une Commission des droits de l'homme discréditée, compte 47 états membres représentant toutes les grandes régions du monde.
Outre la promotion des droits humains, il a pour mission l'examen régulier de leur situation dans les pays membres de l'ONU: le Conseil peut aussi se saisir de toute question ou situation qui l'exige.
C'est le cas pour l'Ukraine. Le Conseil a créé à une large majorité une commission d'enquête en vue de futurs procès, pour identifier les responsables des violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire "afin qu'ils aient à répondre de leurs actes".
La commission est présidée par Erik Mose, ancien juge à la Cour suprême de Norvège et à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui a également présidé le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).
- Charrue avant les boeufs -
Plusieurs pays membres ont invoqué cette commission d'enquête jeudi pour justifier leur abstention, comme le Mexique et le Brésil, arguant qu'expulser la Russie avant la fin de l'enquête c'était mettre la charrue avant les boeufs.
Les alliés habituels de la Russie -dont le palmarès en matière de droits de l'homme est aussi critiqué- comme le Venezuela ou encore Cuba mais aussi la Chine ont dénoncé ce qu'ils appellent une politisation du Conseil.
Gennady Gatilov, l'ambassadeur de Russie auprès de l'ONU à Genève a été plus direct, accusant "les pays occidentaux impudents et sans principe" de discréditer le Conseil des droits de l'homme, "d'endommager sa réputation de façon irréparable et de miner sa crédibilité".
A l'inverse, Phil Lynch estime auprès de l'AFP que ce vote "renforce significativement" la légitimité du Conseil en montrant qu'autant Etat même puissant "ne peut échapper à un examen approfondi".
Plus sceptique, Rushan Abbas, militante de la cause de la minorité musulmane ouïghour a critique le deux poids deux mesures.
Trop de pays "bénéficient économiquement de la Chine" pour que celle-ci soit écartée du Conseil, malgré les accusations de génocide envers les Ouïghours, minorité musulmane de Chine. Des accusations d'ONG et de nombreux Etats que Pékin rejette avec force.
